Audition 24/05 Acceuil Louis Michel

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La Problématique des métis issus de la colonisation belge en Afrique
Mardi 25 avril 2017
Sénat - 13h50
Message d’introduction en tant que Président d’honneur (10 minutes)

Votre Altesse Royale (= Princesse Esmeralda), Madame la Présidente du Sénat, Monsieur le Président de l’Association Métis de Belgique (AMB), Excellences, Messieurs les Ambassadeurs,
Monseigneur l’Evêque d’Anvers, Mesdames, Messieurs les parlementaires,


Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,


Il est bon de se souvenir. Le pardon n'est pas l'oubli.

C’est avec émotion que je prends la parole pour mettre en lumière cette part sombre de
la colonisation belge, ce pan volontairement méconnu, méticuleusement orchestré de la
politique coloniale à l’égard des métis, qui a déchiré des familles, brisé des destins,
réduit à néant des espérances, marqué des vies.
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Je remercie très sincèrement la Présidente du Sénat, Mme Christine Defraigne qui a
permis de nous réunir pour faire toute la lumière sur ces cruelles réalités, sur cette
problématique méconnue, sensible et douloureuse.
Je remercie également le Président de l’Association Métis de Belgique et son
Conseiller spécial qui ont réalisé toutes les démarches utiles pour lancer ce débat dans
les enceintes parlementaires.

Mesdames, Messieurs,
Chers amis,
Des abominations, il y en a eu de tout temps. La « ségrégation ciblée dont les
métis ont été victimes sous l’administration coloniale du Congo Belge et du Ruanda-Urundi jusqu’en 1962, ainsi que la politique d’adoptions forcées y conséquente » en est une.
Je tiens à vous exprimer tout mon soutien à l’occasion de cette journée que l’on pourrait
qualifier journée de la mémoire, de journée du souvenir, de ce passé innommable que
l’histoire a marqué à tout jamais, comme une blessure toujours béante, dont la
douleur jamais apaisée revient régulièrement avec la même intensité. Il en
va de notre devoir individuel, en tant qu'homme, de notre devoir collectif en tant
que peuple.
Rien ne pourra estomper les erreurs de l'histoire de l'humanité. Rien ne pourra
jamais tout-à-fait effacer la souffrance

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absolue, inguérissable qui jaillit des replis les plus odieux de la nature humaine.
Nous devons affronter cette réalité. Nous devons nous interroger sur les raisons
profondes de cette politique inhumaine. Nous devons réparer autant que faire se peut
les erreurs du passé. Nous ne pouvons pas laisser certains vécus en errance, niant toute
reconnaissance institutionnelle. Parce qu'arracher un enfant à sa mère, ce
n'est pas un acte ordinaire ; parce que placer un enfant dans des orphelinats, alors qu’il a
encore une mère et un père est un acte criminel, parce qu’évacuer ces enfants « du
pêché » vers la Belgique, avec un simple laisser-passez, en vue de les mettre sous
tutelle, de les placer dans des institutions, des familles d’accueil ou encore de les faire
adopter, est un acte abjecte. C'est la négation d'un peuple. C’est prendre
délibérément parti pour une cause aussi irrationnelle qu’absurde, une cause
insoutenable au regard des valeurs universelles. Une cause qui est allée puiser
sa source dans les tréfonds d'une abomination totale, suggérée avec perfidie
par une bande de lâches, d’hommes bornés, niant tout statut juridique au Métis, lui
volant son identité, sa nationalité, ses racines, sa famille, le perdant dans une
identité sans nom, dans une existence sans passé. L’histoire de l’humanité, c’est
l’histoire des métissages !


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Cette conférence d’aujourd’hui est une communion d’une intense humanité ; c’est
un exutoire de la détresse de nombre d’entre vous, c’est enfin la reconnaissance et le
partage de cette tragédie vécue, de ces souffrance, de ces blessures et de ces peurs.
C’est aussi contribuer à l’apaisement, à la réconciliation et au dépassement.
La recherche de justice, l’enseignement de vérité, le pardon, la réconciliation et le
devoir de mémoire se rejoignent.
Nous ne pouvons rendre hommage à cette génération sacrifiée, aux victimes des
adoptions forcées, si nous n’osons aller audelà du discours de circonstance.
Il nous faut assumer un discours de vérité, un devoir de lucidité car l’indifférence
comme la lâcheté est toujours complice du meurtre.
Il nous faut assumer jusqu’au bout l’immense responsabilité que nous portons
au nom d’une « société » de l’époque trop souvent repliée avec arrogance sur ses
dogmes, ses préjugés, ses certitudes, ses tabous, ses double standards, ses calculs.
Une société dont nous devons nous sentir comptables.
Sans la reconnaissance des injustices et des erreurs du passé, il ne peut y avoir de base
prometteuse pour le futur.
Je ne peux que me réjouir de la façon dont l’ensemble des Parlementaires bruxellois
francophones a tourné la page de ce passé pour forger le début d’une relation saine en
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adoptant à l’unanimité et en « urgence » une proposition de résolution concernant « la
ségrégation ciblée à l’encontre des métis issus de la colonisation belge… ». Cette
résolution, je m’y engage, sera relayée au niveau fédéral. Je m’engage à intervenir
auprès du gouvernement fédéral également pour vous aider à avoir accès plus
facilement aux archives de l’histoire coloniale des Affaires étrangères, pour les
enjoindre à faciliter les retrouvailles, et pour prendre des mesures pour résoudre dès que
possible les problèmes subsistants que vous rencontrez encore en tant que Métis.
La Belgique doit assumer la responsabilité morale qui est la sienne dans ce drame issu
de la colonisation.
Nous ne pouvons ignorer ou nier les manquements de nos autorités. Nous
sommes éthiquement tenus à ce travail de mémoire et de conscientisation.
La Belgique, le Congo, le Rwanda et le Burundi ont une histoire partagée. Nous
devons relire notre histoire de manière objective et juste. C’était, à nos yeux, ouvrir
la voie à une réunification du coeur et de l’esprit de tous.
Mesdames, Messieurs,
« La mémoire est un lien vécu au présent éternel » comme le dit Pierre Nora
La conscience et la mémoire, c’est ce qui seul peut nous aider justement à rendre
justice à tous nos frères et soeurs de l’ombre et à nous libérer de nous-mêmes.
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« En jetant les bases du « devoir de mémoire » et de la transmission de la
connaissance des souffrances du passées, en rompant le « terrible silence de
l’indifférence de l’homme pour l’homme », nous redonnons une identité et une dignité à
tous ces métis anonymes, ni Blancs, ni Noirs, victimes de ségrégations raciales.
De tels actes ne doivent plus jamais être tolérés car ils font injure à l'intelligence et
aux valeurs essentielles de l'humanité.
L’humanité qui oublie prend le risque de se perdre. Cette terrible leçon de l’histoire,
nous devons la maintenir vivante dans nos esprits.
Mesdames, Messieurs,
Il faut assumer l’exigence de vérité, c’est une oeuvre commune. Si l’on ne peut
changer le passé, il est toujours possible de le débarrasser des fantômes qui le hantent.
C’est la condition pour construire un avenir apaisé.
Convenir ensemble de ce qui constitue les réalités même difficiles d’un passé défiguré,
c’est recréer un langage de la raison d’abord et finir par réinventer celui du respect et du
coeur.

La réconciliation est toujours douloureuse mais c'est le chemin incontournable pour
retrouver la paix et l'harmonie; il faut de la volonté, de la lucidité, de l'humilité, il faut
de l'amour pour oser la réconciliation. Mais il faut aussi plus que cela. Il faut assumer
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l'exigence de vérité. C'est une oeuvre commune.
Pardonner comme a dit l’évêque Desmond Tutu « ne signifie pas approuver ce qui a
été fait. Cela signifie prendre au sérieux ce qui a été fait et ne pas le minimiser, retirer
ce dard planté dans nos mémoires qui continue à déverser son venin dans nos
existences».
Le flambeau du souvenir est entre nos mains. Cette flamme puissante est la
lumière que l’on offre aujourd’hui aux témoins, aux amputés de la vie, aux
rescapés de la transmission. Il est du devoir de chacun d’entre nous de la transmettre
aux jeunes générations afin de contribuer à la construction d’une alliance universelle
contre toute forme de rejet de l’autre.
Nous devons nous lever contre ceux qui portent la haine et l'intolérance, confisquant
nos libertés.
Conclusion :
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,
Nous sommes fiers d’appartenir à un monde sans frontières.
En tant qu’humaniste, en tant qu’universaliste nous devons continuer le
combat pour une éthique universelle, fondée sur l’exigence sacrée de la protection de
tout être humain. Nous devons rester vigilant et nous mobiliser pour défendre une
société respectueuse de l’homme et de ses

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différentes identités ; une société qui refuse les discriminations et qui affirme que
l’homme porte en lui, non pas une identité figée mais que son réel existe dans plusieurs
spécificités et signes personnels qui façonnent son destin et son être.
Plus que jamais il est temps de se convaincre que ce qui porte la richesse et
l’espoir de cette terre pour l’humanité, c’est précisément sa diversité et sa nature
plurielle.
A nous, de réconforter les identités craintives, d’atténuer les haines et les
détestations, de renforcer la croyance en l’unité de l’aventure humaine.
Car au-delà des différences, nous sommes tous traversés par une aspiration
fondamentale à savoir le rêve de justice, de bonheur et d’égalité.
Paraphrasant Monseigneur Desmond Tutu sur l’idéologie de l’Ubuntu, je conclurai sur
ses mots : « Mon humanité est liée à la tienne. J’ai besoin de toi pour être moi. J’ai
besoin que tu sois toi…Nous ne pouvons être libre que tous ensemble ».

Auditie 25/04 Sarah Heynssens

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Dinsdag 25 april 2017
Halfrond van de Senaat
KINDEREN VAN SAVE: GESTOLEN
OF GERED?
Mevrouw Sarah Heynssens,
Historica verbonden aan het Rijksarchief
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KINDEREN VAN SAVE: GESTOLEN OF
GERED?
SENAAT, 25 APRIL 2017
Geachte senatoren, geachte aanwezigen, graag wil ik jullie van harte bedanken
voor de uitnodiging om hier te praten. Ik doe dat in het kader van een
onderzoeksproject dat ik een aantal jaren geleden heb volbracht aan het federaal
onderzoekscentrum CEGESOMA. Van 2010 tot 2012 organiseerde het Studie- en
Documentatiecentrum Oorlog en Hedendaagse Maatschappij het
onderzoeksproject dat de titel ‘Kinderen van Save: gestolen of gered?’ kreeg. Het
doel van dit onderzoek was om een duidelijk zicht te krijgen op de omstandigheden
waarin de verplaatsing van de kinderen uit het instituut voor metissen in Save in
Ruanda-Urundi naar België gebeurde: hoeveel kinderen werden verplaatst?
waarom? Door wie? En wanneer? Ik begin mijn interventie dan ook met enkele
centrale conclusies van dit onderzoeksproject.
In 1926 belastten de Belgische koloniale autoriteiten de Witte Zusters van
de missie van Save met de taak om de metissen in de regio Ruanda-Urundi op te
vangen. Gedurende verschillende decennia plaatste de kolonisator honderden
metissen in Save. Dit gebeurde wanneer hun Europese vaders hen niet wettelijk
erkenden en niet tussenkwamen in hun opvoeding. De kinderen kregen in dat geval
het statuut ‘verlaten/abandonnées’. Dit gebeurde ook als de moeder de zorg voor
het kind op zich nam. De gewestagenten maanden de moeders aan om hun kind
onder staatsvoogdij te plaatsen en toe te vertrouwen aan de missiezusters van Save.
Vaak resulteerde dit in een pijnlijke gedwongen scheiding tussen de moeders en
hun jonge kinderen.
Aan de vooravond van de onafhankelijkheid drong de beslissing wat te doen
met de metiskinderen in Save zich op. Het instituut hing financieel af van de
koloniale autoriteiten, want ontving voor elk verlaten kind een subsidie, en zou bij
het vertrek van de Belgen uit de regio ophouden te bestaan. De bedenking werd
gemaakt dat de kinderen moeilijk konden achter blijven in het door revolutie en
politieke onrust geteisterde gebied. De Belgische overheid en de missiezusters
voelden zich verantwoordelijk voor de kinderen onder hun hoede en vonden niet
dat de kinderen terug konden naar hun moeders. Nog steeds werden deze vrouwen
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ongeschikt geacht om de zorg voor kinderen met ‘Europees bloed’ op zich te
nemen. Bovendien waren vele kinderen na hun jarenlange verblijf in het instituut
vervreemd van hun familie en achtte men het onwenselijk om hen opnieuw te
‘integreren’ in de Afrikaanse samenleving die als minderwaardig werd ervaren.
De overste van Save, Zuster Lutgardis Maria, besliste daarom om de
kinderen naar Europa te brengen en werd hierin gesteund door de Belgische
autoriteiten. De gewestagenten contacteerden de moeders en vroegen hen een
akkoordverklaring te tekenen waarin ze de toestemming gaven aan hun kinderen
om naar België te reizen en daar hun studies verder te zetten. Vele moeders
tekenden, sommigen hadden niet de middelen om zelf voor hun kinderen te zorgen
en vaak hadden de moeders het gevoel dat zij niet het recht hadden te weigeren. En
inderdaad, moeders die weigerden te tekenen, werden door de gewestagenten en de
missiezusters onder druk gezet om dit toch te doen. Verschillende moeders werden
bovendien omzeild door de voogdij van hun kinderen toe te vertrouwen aan Zuster
Lutgardis zodat zij, in plaats van de moeder, kon tekenen voor akkoord. Op die
manier werden zo de 124 kinderen uit het instituut van Save, samen met een
tweehonderdtal kinderen uit omliggende dorpjes en verwante scholen,
druppelsgewijs naar België gebracht. De transfer werd bestempeld als een
humanitaire evacuatie van verlaten kinderen.
De vraag in de titel van het onderzoeksproject “gestolen of gered? ” getuigt
van de controverse die deze transfer veroorzaakte. Sommige kinderen kregen door
hun overbrenging naar België de kans om te studeren en zijn dankbaar. Vele
anderen, echter, hebben zwaar geleden onder de gedwongen scheiding met hun
moeder en thuisland. In een evaluatie van deze gebeurtenissen mag vooral niet
voorbij worden gegaan aan de structurele ongelijkheid en rassendiscriminatie die
ervoor had gezorgd dat de kinderen in de eerste plaats in een instituut zoals Save
terecht kwamen. Omwille van hun gemengde afkomst werden metissen weggerukt
bij hun moeders en ondergebracht in instituten zodat zij een ‘gepaste’ opvoeding
konden genieten. De moeders van de kinderen hadden, omwille van hun
ondergeschikte positie in een racistische, paternalistische en seksistische
maatschappelijke orde, geen zeggenschap in deze verwijdering.
De verplaatsing van de metiskinderen van Ruanda-Urundi moet dan ook
gezien worden in de brede koloniale politiek van dat moment. Hoewel er geen
officiële colour bar was in de Belgische kolonies was er toch een zeer strikte
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rassenscheiding waar deze kinderen stuk voor stuk slachtoffer van werden. Het
was de Belgische overheid, als vertegenwoordiger van de Belgische bevolking, die
verbintenissen tussen blanken en zwarten afkeurde, het was de Belgische overheid
die de kinderen weghaalde bij hun moeders en die de missiezusters van Save
belaste met de zorg voor de kinderen. Het was de Belgische overheid die zorgde
voor de administratieve afhandeling en financiering van de transfer naar België.
Eens de kinderen in België waren, werd het koloniale discours van segregatie vaak
verder gezet: contact met de moeders werd afgeraden door de adoptieorganisaties
die de plaatsingen op zich namen en de moeders die contact zochten met hun
kinderen werden beschreven als op geld beluste - en ik citeer ‘onwetende
negerinnen die wel de liefde van hun kinderen wilden, maar niet de
verantwoordelijkheid’.
De goede bedoelingen die vaak aan de evacuatie worden toegeschreven,
wortelden in een wereldvisie die gedateerd en ronduit racistisch is. Politieke
verontschuldigingen mogen dan ook niet louter bij holle woorden blijven maar
dienen ook een actieve verloochening in te houden van de politiek en praktijk die
tot deze uitwassen leidde. Het verwijderen van de kinderen is niet louter een ‘fout’
waarvoor verontschuldigingen kunnen geuit worden, maar een uiting van een veel
dieper geworteld Europees gedachtengoed van superioriteit.
Vele van de onrechtvaardigheden die werden veroorzaakt door het
koloniale systeem werken bovendien nog steeds door. Sommige verplaatste
metissen weten nog steeds niet wie hun biologische vaders en moeders waren en
worstelen tot op vandaag met emotionele en administratieve problemen ten gevolge
van hun ‘speciaal’ statuut in de koloniale periode. Het is noodzakelijk dat de
overheid haar verantwoordelijkheid opneemt en deze onrechtvaardigheden actief
tracht recht te zetten. Een deel van deze rechtzetting zit in het erkennen van de
gebeurtenissen van het verleden en het mogelijk maken van een verwerking ervan.
Het belang van de politieke verontschuldigingen ligt in de erkenning die de
slachtoffers krijgen doordat het gebeurde niet vergeten wordt.
Toegang tot kennis over het verleden is hierbij essentieel. In het kader van
het onderzoek over de kinderen van Save werden bronnen gelokaliseerd bij diverse
archiefinstellingen die duidelijkheid kunnen brengen aan de betrokkenen zelf. Vaak
vermelden deze bronnen de identiteit van de biologische ouders en de
omstandigheden waarin de kinderen bij hun ouders werden weggehaald. Een van
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de belangrijkste archieven op dit vlak is het Afrika Archief van het voormalig
Ministerie van Koloniën dat momenteel wordt bewaard in het Ministerie van
Buitenlandse Zaken en dat op termijn zal worden overgebracht naar het Algemeen
Rijksarchief. Het is de taak van de overheid om deze bronnen te ontsluiten,
beschikbaar te stellen voor onderzoek en toegankelijk te maken voor de
rechtstreekse betrokkenen. De jarenlange besparingen in de federale
wetenschappelijke instellingen hebben echter geleid tot een structureel gebrek aan
personeel waardoor vele archieven niet adequaat ontsloten zijn en bijgevolg niet
kunnen worden geconsulteerd.
Ik ontvang nog steeds wekelijks e-mails en aanvragen van metissen die op
zoek zijn naar informatie over hun geschiedenis en familie. Dankzij een databank,
gecreëerd tijdens het onderzoeksproject over de kinderen van Save, is het
ondertussen mogelijk om individuele dossiers terug te vinden wat betreft personen
uit Ruanda-Urundi. Metissen afkomstig uit Belgisch Congo hebben deze
mogelijkheid echter niet en er is momenteel nog steeds geen inventaris of toegang
die het opzoeken van hun individuele dossiers toelaat. Bij deze wil ik mijn betoog
afsluiten met een oproep aan de regering om de nodige middelen ter beschikking te
stellen om deze archieven te ontsluiten want een echte erkenning en verwerking
van een problematisch verleden is pas mogelijk als er op een transparante manier
met dit verleden wordt omgegaan.
Ik dank u voor uw aandacht.
Sarah Heynssens

Audition 25/04 Assumana Budagwa

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Mardi 25 avril 2017
Hémicycle du Sénat
La question métisse dans le contexte colonial
belge: une affaire d’État.
Monsieur Assumani Budagwa,
auteur du livre « Noirs-Blancs, Métis : la Belgique et la ségrégation des
Métis du Congo belge et du Ruanda-Urundi 1908-1960 »
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Introduction
C’est en tant qu’auteur du livre intitulé « Noirs-Blancs, Métis : la Belgique et la ségrégation des
Métis du Congo belge et du Ruanda-Urundi 1908-1960 » que j’ai été invité à donner quelques
éléments sur la « Question métisse dans le contexte colonial belge ».
Je vous remercie pour cette invitation.
À la lumière de documents d’archives disponibles et de témoignages, mon livre retrace le
contexte de l’émergence de la question « Métis », des discours sociaux qu’elle a suscités, des
débats institutionnels qu’elle a alimentés, des politiques et des pratiques philanthropiques
qu’elle a produites ainsi que de leurs résultats. Ce livre a comme but d’apporter un éclairage
sur un aspect méconnu de la colonisation belge qui, pour certains Métis, a produit des drames
humains aux conséquences encore insoupçonnées.
Dès 1986, j’ai cherché à comprendre ce que fut le sort des Métis du Congo belge et du Ruanda-
Urundi après que ma cousine Madeleine Apendeki Lusakulira, et d’autres mères de métis, m’ont
demandé de rechercher les enfants que, selon leurs dires, les « Blancs » leur avaient arrachés,
voire volés.
C’est cette urgence de rechercher des enfants métis « supposés abandonnés », acheminés dans
des « orphelinats » et, pour certains, précipitamment emmenés en Belgique au début des
années soixante du siècle passé qui m’a conduit à m’intéresser au sort des Métis dans les
territoires sous domination belge.
D’après mes recherches, il apparaît que la ségrégation des Métis du Congo belge et du Ruanda-
Urundi n’a été déterminée ni par le caractère supposé illégitime des unions qui leur ont donné
naissance ni par une quelconque notion de bâtardise mais par une « barrière de couleur », une
« color bar » niée mais réelle, qui a caractérisé la politique coloniale belge dans son ensemble.
Elle résulte également de la façon de percevoir les Métis comme un potentiel danger pour les
intérêts de la Belgique. La Belgique n’a pas pris le temps de définir une politique cohérente
concernant les Métis ni même des mesures d’urgence pour les protéger, comme fit la France en
leur octroyant quasi automatiquement la nationalité française par possession d’Etat. comme
l’octroi de la nationalité sur le métissage et les Métis. Mue la plupart du temps par la défense de
l’honorabilité des pères, elle a pris certaines initiatives concernant les Métis sans se soucier des
dégâts éventuels.
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Une ségrégation spécifique
La question métisse ou plus précisément la ségrégation ciblée dont les Métis nés sous la
domination belge en Afrique (Congo, Rwanda et Burundi) ont fait l’objet, n’est pas un simple
épisode de l’histoire coloniale belge et européenne; ce n’est pas non plus un sous-chapitre de la
ségrégation dont ont profondément souffert les Noirs. La ségrégation ciblée des Métis du Congo
belge et du Ruanda-Urundi est une question centrale de cette colonisation, un enjeu de pouvoir
et, de ce fait, elle fut une préoccupation permanente du colonisateur belge. Elle est une
composante de la politique coloniale et relève de la responsabilité de l’Etat belge qui a mis en
place et entretenu cette ségrégation. Elle a mobilisé des généticiens, des anthropologues, des
juristes, des religieux, des hommes politiques qui ont apporté leur caution à cette
discrimination. Elle fut débattue au sein de la Commission Permanente pour la protection des
Indigènes, du Conseil Colonial, du Parlement et du Sénat. Elle a forcé l’Etat à mettre sur pied,
contre son gré, deux commissions ministérielles sur une question devenue vitale,
incontournable.
La ségrégation ciblée des Métis nés sous la domination belge en Afrique est donc spécifique.
C’est cette spécificité qui m’a conduit à la qualifier de véritable affaire d’Etat.
La spécificité tient notamment au fait que la Belgique n’avait qu’une seule colonie et en plus
peuplée exclusivement de Noirs. Elle repose sur la conviction largement partagée, que j’ai
évoqué, selon laquelle le métissage et surtout le Métis constituent une menace au prestige de la
race blanche, et un danger potentiel pour la pérennité du système colonial belge.
Comprendre et admettre cette spécificité permet d’apprécier à sa juste valeur la démarche que
mènent aujourd’hui les Métis regroupés au sein de diverses associations: Association Métis de
Belgique, Association des Métis du Congo, Association des Enfants laissés par les Belges au
Congo, Association des Mulâtres du Burundi, terme péjoratif utilisé pendant la colonisation.
Comprendre et admettre cette spécificité permet d’entendre avec courage et humilité les
principales revendications avancées par des Métis. Ces revendications ne relèvent pas de
caprices d’enfants gâtées, de Métis qui auraient été privilégiés par rapport aux Noirs, privilégiés
par rapport aux Blancs qui ont précipitamment quitté le Congo en 1960, comme l’avait fait
trente ans avant eux le reporter Tintin sous la charge d’un peuple de buffles fatigués d’être
nargués par un jeune homme arrogant et son petit chiot tout aussi arrogant.
La ségrégation des Métis du Congo belge et du Ruanda Urundi a connu des moments forts dont
je vais résumer quelques épisodes.
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La prise de conscience du métissage et les premières initiatives
Bien que tardivement entrée dans le concert des nations colonisatrices, la Belgique a très
rapidement pris conscience de l’existence d’une nouvelle catégorie de population dont elle
n’avait pas prévu de place ni même de statut ; la Belgique s’est également rendu compte que
loin d’être marginales ou accidentelles, les unions entre Blancs et Noires se multipliaient et que
l’arrivée des femmes blanches aux colonies n’en réduisait ni l’ampleur ni même l’attractivité.
Il faut souligner que pendant la période de l’Etat Indépendant du Congo, les unions entre
hommes blancs et femmes noires était acceptées, tolérées et même encouragées.
Cependant, la présence d’enfants Métis nés de ces unions, et souvent abandonnés par les
géniteurs blancs, constituait déjà une infraction à la moralité et au sens des responsabilités des
Blancs et portait un coup au prestige moral du civilisateur.
C’est à partir du Congrès des Races, qui s’est tenu à l’Université de Londres en 1911, que les
puissances colonisatrices s’interrogent et se soucient du contact des races et décident d’inscrire
la question du métissage dans les échanges au sein des congrès de l’Institut Colonial
International et sollicitent les sociétés d’anthropologie pour l’éclaire la nature biologique,
génétique, sanitaire, morale, intellectuelle et psychologique du Métis.
Dès 1911, à la demande du Comité Permanent pour la Protection des Indigènes, l’Etat colonial
belge est invité à appliquer aux Métis deux décrets aux conséquences graves : le décret du 12
juillet 1890 qui concernait la protection des enfants abandonnés, orphelins, délaissés, trouvés
dont la tutelle était déféré à l’Etat et le décret du 4 mars 1892 qui autorisait les associations
philanthropiques et religieuses à recueillir, dans les colonies agricoles et professionnelles
qu’elles dirigeaient, les enfants indigènes dont la loi avait déféré la tutelle à l’Etat.
L’application de ces deux décrets légalisa l’acheminement et le confinement des Métis dans des
asiles philanthropiques, des orphelinats et autres lieux similaires. Dès leur plus jeune âge, -
quatre ans, parfois moins-, les métis furent arrachés à leur mère et à leur village natal par le
recours à la force, aux menaces ou à la persuasion, sans qu’ils ne répondent aux critères
pourtant bien définis d’enfants abandonnés, délaissés, orphelins ou trouvés. Un véritable rapt
fut organisé, couvert par le poids de l’Etat conjugué à la toute-puissance de l’Eglise catholique et
des missions protestantes ; cette menace poussa parfois certaines mères à cacher leurs enfants,
notamment en les enduisant de suie pour les garder près d’elles.
L’ébauche d’une doctrine coloniale belge concernant les Métis
Parallèlement à sa participation aux sessions de l’Institut Colonial International, la Belgique
élabore sa ligne de conduite à travers des publications de personnalités influentes ; la ligne de
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conduite que suivra la Belgique est énoncée par Joseph Pholien futur premier Ministre. Dès
1913, il écrit :
«Les pouvoirs compétents paraissent plutôt avoir obéi pendant longtemps à ce
sentiment qui fait considérer comme secondaire un mal que l’on veut ignorer. Mais la
question des métis a cependant fini par s’imposer dans les possessions de toutes les
grandes nations et nous verrons qu’elle pourrait mettre parfois en péril l’avenir même
des entreprises coloniales ».
« Par la nature même des choses, les métis bénéficient des qualités et subissent les tares
des deux races qu’ils représentent. Influencés par l’élément blanc, ils auront pour la race
de couleur un réel mépris ; ils auront de la haine pour la race blanche, au sein de laquelle
ils ne seront jamais admis sur pied d’égalité. Dès lors, dédaignant leur mère et détestant
leur père, ils semblent justifier la boutade : « Dieu a fait l’homme blanc et l’homme noir,
le diable a fait le métis ». Sauf exception, les métis sont donc des éléments peu moraux
et dès lors, ils sont à craindre. Les métis constituent donc un élément qui peut devenir
très vite dangereux et il importe de chercher à en diminuer le nombre.
Signalons en passant qu’il conviendrait de persuader les coloniaux, dans la mesure du
possible, du respect de la race à laquelle ils appartiennent.
Il faut donc reconnaître qu’aucun remède n’est assez radical pour éviter la création de
métis. Les Gouvernements ne peuvent dès lors pas les ignorer et, puisqu’ils
représentent des inconvénients et des dangers, il faut chercher à atténuer ceux-ci par
des mesures législatives et administratives. Mais quelle doit être la politique à
adopter ? Avant tout, s’inspirer, non de principes abstraits, mais d’idées pratiques et
réalistes qui soient à la fois en communion avec l’humanité et avec l’intérêt colonial».
L’offensive contre le métissage et sa caution
La position de Joseph Pholien fut vite relayé par une véritable offensive contre les unions entre
Blancs et Noires appréhendées uniquement sous la forme du concubinage et non pas sous la
forme d’union consacrée par la coutume du peuple hôte. Le Père Arthur Vermeersch écrit en
1914:
« À prendre une concubine noire, on subit une défaite. Quelques prétextes sont
ajoutés pour colorer la capitulation. Pour la colorer, mais de quelles couleurs ! N’est-ce
pas une honte d’accepter la prévarication pour des avantages temporels ? On ne
transige pas avec le devoir. L’honneur chrétien est un honneur militaire : il nous dit de
mourir, plutôt que nous rendre à l’ennemi ».
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Ce que le Père Arthur ne dit pas, c’est que l’ennemi, la concubine noire, est le plus souvent une
jeune fille pubère, à peine âgée de 12 à 13 ans.
Une caution scientifique belge est aussi requise. Elle sera apportée par Pierre Nolf, professeur
d’Université et ministre. Nolf écrit en 1930:
«Un mulâtre est le dépositaire de caractères blancs et de caractères noirs juxtaposés
mais entre lesquels aucune fusion ne s’opère. À aucun moment de son existence
individuelle, les chromosomes paternels ne contractent avec les maternels d’autres
rapports que ceux de voisinage ».
« Ma conviction intime, puisée à l’étude des lois de l’hérédité, est qu’il importe de
décourager, voire d’empêcher par tous les moyens utilisables, les mariages entre
Blancs et Noirs au Congo ou en ce pays. Ces unions ne sont généralement pas
heureuses pour ceux qui les contractent ; elles produisent des métis qui, n’étant
d’aucune des deux races, forment un élément social instable et mécontent. Elles sont
une grave menace pour l’avenir de la race blanche, qui ne restera capable de remplir la
mission civilisatrice qu’à la condition de préserver la qualité de son sang».
Dès 1932 fut créée l’oeuvre de Protection des Mulâtres dont le but inavoué était de se protéger
de la grave menace pour l’avenir de la race blanche. Cette oeuvre organisera un congrès
international en marge de l’exposition universelle de Bruxelles de 1935 dont le titre est sans
équivoque : « Congrès pour l’étude des problèmes résultant du mélange des races.
En ouverture du Congrès , Paul Crockaert, ancien ministre des colonies et président de l’oeuvre
de Protection des Mulâtres, reprit les arguments avancés précédemment par les scientifiques,
les juristes et les religieux, il rappela d’abord que « sans doute aucune race n’est
probablement pure » mais souligna néanmoins que les différences de couleur de la peau, des
cheveux s’étendaient « aux aptitudes intellectuelles et aux qualités morales » ; le peuple
civilisateur devait être bon et généreux envers le peuple civilisé mais la sagesse et la vertu
exigeaient de « se garder du métissage, le décourager, voire l’empêcher par tous les moyens
efficaces ».
On atteindrait ainsi trois objectifs hautement désirables: éviter aux « métis de pâtir d’une
composition indésirable du sang, garantir l’avenir de la race blanche en Afrique et le respect
de la race noire ».
Mais de ce Congrès on retiendra essentiellement les trois propositions avancées et sur
lesquelles le gouvernement belge devrait se prononcer : la transplantation des Métis en Europe
dans les pays du père, le refoulement en milieu indigène, la formation d’une caste à part au sein
des colonies.
7
En réponse à ce problème, et pour éviter tout débordement, l’Etat Colonial belge décida de
prendre les choses en main et de soustraire le débat du domaine public. Les services du
Ministère des Colonies rejetèrent les trois propositions et élaborèrent une ligne politique en
neuf points sur la question des Métis. Ces neufs points furent remis à la commission
ministérielle pour l’étude du problème des mulâtre qui se réunit de 1938 à 1939 sans aboutir à
une solution satisfaisante pour l’Etat ni pour les Métis. Il s’agit des points suivants :
« 1°) que le Gouvernement ne favorise d’aucune manière l’envoi des mulâtres en
Belgique, ce qui implique un avis défavorable à l’octroi de l’indemnité familiale ;
2°) qu’il s’intéresse aux mulâtres abandonnés en Belgique soit en soutenant l’oeuvre qui
s’occupe d’eux, soit de toute autre manière ;
3°) que, par ses divers services d’Afrique ou certaines oeuvres qui s’y sont créées, service
médical, assistance médicale, consultations de nourrissons, goutte de lait, etc., il assure
aux enfants mulâtres tous les soins qu’ils réclament dans les mêmes conditions et sur le
même pied que les Noirs, mais avec une sollicitude plus vigilante et plus étendue ;
4°) qu’une existence matérielle décente soit assurée aux jeunes mulâtres : alimentation,
vêtements, etc. ce qui peut se réaliser par le placement dans des établissements
d’instruction ;
5°) que l’on fasse prévaloir l’intérêt des mulâtres sur les droits de la mère de telle sorte
que la seule mauvaise volonté de celle-ci ne puisse mettre obstacle aux mesures que
l’intérêt de l’enfant commande ;
6°) que l’on recherche le moyen de faire participer le plus possible le père d’un mulâtre à
ces diverses mesures par le versement d’une pension alimentaire ; (cf. Art. 340 Code
Civil Belge)
7°) que le Gouvernement s’efforce de procurer une situation aux mulâtres adultes ;
8°) qu’il s’intéresse aux oeuvres qu’ils fondent dans la Colonie : mutualités, cercles, etc.…
pour en garder le contrôle et la surveillance ;
9°) qu’il s’intéresse aux oeuvres qui, au Congo, s’occupent du problème des mulâtres et
veille que l’action de ces organismes s’exerce dans le sens du programme qu’il aura
adopté. Le problème ne revêtant pas seulement un aspect de bienfaisance mais un
aspect social et politique, le Gouvernement, dont le concours est d’ailleurs constamment
sollicité, a non seulement le droit mais le devoir d’orienter l’activité de ces organismes
dans le sens indiqué ».
8
En août 1945, un nouveau ministre des colonies entra en fonction. Issu du Parti Libéral, Robert
Godding fut saisi par l’importance de la question des Métis et décida de réunir une nouvelle
commission chargée d’étudier le problème « sous tous ses aspects », afin d’aboutir à des
solutions concrètes, notamment sur trois points : le statut, l’éducation et les carrières des métis.
L’allocution d’ouverture des travaux de la commission fut remarquable à plusieurs égards :
pour la première fois, un ministre prenait en considération une lettre qu’un métis lui avait
adressée pour lui demander de s’inspirer de la France qui, dès 1936, avait accordé aux métis des
colonies d’Afrique noire la nationalité française indépendamment de leur reconnaissance ou
non par leurs pères. Le ministre n’a pas caché son inquiétude sur le renforcement des préjugés
raciaux au Congo. De manière très précise, il attend que la Commission examine des questions
comme celle du statut et même, de la nationalité. C’est sans détour aussi qu’il invite à examiner
la possibilité d’application de la loi sur la reconnaissance de paternité et l’action alimentaire.
Conscient que le nombre de métis reconnus est minime par rapport à celui des non-reconnus, il
ne fait pas d’emblée la distinction entre ces deux catégories. Au niveau de l’éducation, il indique
déjà qu’il faudra songer à admettre les métis dans les athénées récemment créés au Congo (à
son initiative) pour les enfants européens blancs. Il soulève aussi les questions des carrières,
autant de problèmes que les métis espéraient voir pris en compte.
La phrase clé est celle du ministre demandant de tenir réellement compte de l’intérêt des
métis. C’est un total revirement par rapport à tous ses prédécesseurs qui accordaient la priorité
à l’intérêt de la colonie et au maintien de la suprématie de la race blanche. Néanmoins, l’analyse
su ministre n’était sans doute pas exempte d’arrière- pensées, à savoir le risque que les métis
aigris et même subversifs, et qu’il était donc nécessaire de s’assurer leur attachement sincère
en vue de collaborer à l’oeuvre coloniale.
La commission travailla de 1947 à 1952 sous la direction d’Antoine Sohier mais le
remplacement du ministre par le catholique Pierre Wigny, peu après la mise en place de la
Commission, réorienta complètement les travaux.
Sous prétexte d’éviter toute discrimination, le président de la commission conduisit la question
métisse dans une impasse, à la grande déception de l’Association des Métis de Léopoldville
dont toutes les revendications, soumises à la commission, furent rejetées par le ministre des
colonies. La commission fusionna avec une autre, présidée par le même Antoine Sohier, et fut
chargée de la carte de mérite civique où les critères de civilisation allaient déterminer le statut
des individus.
9
L’admission des métis reconnus et éduqués à l’européenne dans les établissements jusque là
réservés aux enfants blancs sera accordée en 1948. Elle sera étendue en 1952, aux métis non
reconnus et aux enfants des Noirs porteurs de la carte de mérite civique.
La question métisse fut mise au placard et cessa d’être une préoccupation pour l’Etat belge qui
ne réalisa même que les Métis étaient en fait des êtres vulnérables et ne constituaient ni un
danger pour la pérennité du système colonial, ni une menace au prestige de sa race.
Conclusion
En guise de conclusion, j’aimerais insister sur le caractère spécifique de la ségrégation dont les
Métis du Congo belge et du Ruanda-Urundi ont été l’objet, un fait irréfutable aux conséquences
parfois dramatiques, un fait qui n’occulte pas la ségrégation dont les Noirs ont soufferts et qui
ne masque pas la souffrance des mères africaines.
Comprendre et admettre cette spécificité permet de prendre en considération la résilience, les
cris de révoltes, les chagrins, les besoins d’aide pour se reconstruire, les recherches tenaces du
géniteur blanc, l’obstination à retrouver son identité véritable, le souhait et le droit à la
réparation sous diverses formes, l’espoir des mères encore en vie, la recherche du frère ou de
la soeur dont on a été brutalement séparés, le désir de récupérer la nationalité du père ou de la
mère, d’être reconnu dans son identité ou ses identités, la souffrance, les traumatismes transgénérationnelles,
la dignité et les droits des Métis nés pendant le régime colonial belge.
Et si vous le permettez, j’aimerais rendre hommage aux hommes Européens dont on parle peu
et qui, faisant fi de la morale coloniale ont vécu en couple avec leur femmes africaines qu’ils
aimaient et ont assumé leur paternité dans un univers juridique confus et en courant le risque
d’être exclus des emplois, des promotions ou simplement de la communauté blanche.
Comme le député bruxellois Serge de Patoul j’aimerais également en ce lieu, rendre hommage
aux héros invisibles de cette page de notre histoire, qu'on ne connaît pas, mais qui ont agi pour
réduire la conséquence des traumatismes des métis du Congo belge et du Ruanda-Urundi.

Audition 25/04 Bambi Ceuppens

1
Dinsdag 25 april 2017
Halfrond van de Senaat
Onderzoek naar de moeilijke stap die de koloniale
metissen moesten zetten van een koloniale,
naar segregatie neigende samenleving naar hun
reconstructie in een democratische samenleving
in België

Mevrouw Bambi Ceuppens
Antropoloog aan het Koninklijk Museum voor Midden-Afrika
(KMMA) in Tervuren
2
Uwe Koninklijke Hoogheid,
Mevrouw de Voorzitter van de Senaat,
Mijnheer de Voorzitter van de Vereniging Metis van België,
Excellenties,
Heren Ambassadeurs,
Geachte Parlementsleden,
Dames en heren,
In de woorden van Luc Huyse: “Alles gaat voorbij, behalve het verleden.”
Gebeurtenissen van meer dan 50 jaar geleden hebben de levens van al te veel
jonge moeders en hun jonge kinderen getekend of zelfs verwoest; in vele
gevallen hebben de kinderen dat trauma op hun beurt overgedragen aan hun
eigen kinderen.
“The past is a foreign country. They do things differently there”, schreef de
Britse auteurs L.P. Hartley. Onze ervaringen in het verleden maken ons tot de
personen die we vandaag zijn. Soms komen aspecten van dat verleden ons zo
vreemd voor dat ze uit een ander land lijken te komen waarmee we geen
enkele band hebben. Vandaar is het gemakkelijk en verleidelijk te besluiten dat
we niet kunnen oordelen over feiten die zich afspeelden in dat andere land dat
ons verleden is. Gemakkelijk en verleidelijk, omdat in de praktijk vaak blijkt dat
men dit argument inroept om de eigen fouten niet te moeten toegeven, terwijl
men een dergelijk relativisme vaak afwijst als het gaat om andermans fouten.
Gemakkelijk en verleidelijk ook, omdat het al te licht voorbijgaat aan de mate
waarin we het verleden dikwijls gebruiken om onze ideeën en daden in het hier
en nu te legitimeren, of het nu gaat om onze religieuze gezindheid, onze
politieke overtuiging of over de vraag wie al dan niet zou thuishoren in België.
3
Gemakkelijk en verleidelijk ook, omdat wie weigert het verleden te veroordelen
foutief veronderstelt dat het verleden eenduidig was en zich laat vatten in het
standpunt van een enkele persoon of groep. Maar, zoals de Nigeriaanse
schrijver Chinua Achebe, ooit zei: “zolang de leeuwen niet hun eigen historici
hebben, zal de geschiedenis van de jacht altijd de jager verheerlijken” (Until the
lions have their own historians, the history of the hunt will always glorify the
hunter” ). Gemakkelijk en verleidelijk ook tenslotte, omdat in de koloniale
context waarover het hier gaat de jagers in kwestie er een dubbele moraal
bleken op na te houden voor zichzelf en voor de leeuwen, terwijl ze die
leeuwen net aanmaanden zich aan hun voorbeeld te spiegelen.
De leeuwen, in dit geval, dat zijn de Afrikaanse moeders die kinderen kregen bij
Europese mannen, die kinderen zelf en hun kinderen. “En wat je ooit gedaan
hebt aan de minste van Mijn broeders”, zegt Jezus, “dat heb jij aan Mij
gedaan.” In het voormalige Belgische Afrika werden Afrikaanse moeders en de
kinderen die ze kregen met Europese mannen tot de minsten gemaakt.
De moeders waren vaak heel jong, amper de puberteit ontgroeid. Sommigen
trouwden met een Europeaan volgens hun eigen wettelijke tradities die in de
koloniale context echter niet van toepassing waren op de man die zo van twee
walletjes kon eten. Jonge Afrikaanse meisjes of vrouwen hadden veelal niet de
keuze de avances van een oudere, Europese man af te wijzen, ook al was hij al
getrouwd of een missionaris. Hoewel sommige relaties tussen Europese mannen
en Afrikaanse vrouwen ongetwijfeld liefdevol waren, drukten ze in de koloniale
context eerder seksuele dominantie dan gelijkheid uit. Ze golden als
‘une prise de possession’, ‘une conquête du mâle’: het “bezit” van het lichaam
van de Afrikaanse gekoloniseerde vrouw symboliseerde de koloniale macht van
Belgische mannen over koloniale onderdanen.
4
Negen op tien van de vaders erkenden hun kinderen niet en Belgen nog het
minst van al. Velen hadden ook geen enkele sociale relatie met hen. Anderen
erkenden met volslagen willekeur sommige kinderen wel en andere niet en
lieten ze zo apart opgroeien aan beide kanten van de raciale segregatie.
In haar studie over de kinderen van Save citeert wijlen Ann Corthout een
meisje dat aan Zuster Lutgardis vroeg waarom Aziaten, veelal moslims, die de
“liefdeleer” van Christus niet kenden, de kinderen geboren uit hun relaties met
Afrikaanse vrouwen erkenden en aanvaardden, terwijl Christelijke vaders hen
verwierpen en verachtten.
Belgen verweten Afrikanen racistisch te zijn tegenover deze kinderen, maar
waren blind voor hun eigen vooroordelen. Hoezeer men ook meende dat hun
Europese afkomst hen onderscheidde van Afrikanen, ze werden geklasseerd als
“gekleurd” of “zwart”, maar nooit als “wit”. In de woorden van Pater Alfons
Cruyen: ‘Het zijn geen blanken, dus moeten het zwarten zijn; daar is geen
middenweg. En dat is treffend”. Diezelfde pater deelde de meisjes in in twee
klassen: zij die zich goed en zij die zich slecht gedroegen. Maar, voegde hij eraan
toe: ‘of ze nu van goed of slecht gedrag zijn, ze vallen allen onder dezelfde
vervloeking. Een zwarte vrouw of meisje is een normaal wezen; een mulattin
een abnormaal wezen dat aan de maatschappij niet kan toebehoren. Het
schijnt geen andere reden van bestaan te hebben op aarde, dan te dienen voor
hetzelfde als zijn moeder: voor de prostitutie.’
Los van hun aantal bedreigden de kinderen de koloniale orde: louter door hun
geboorte ondergroeven ze het systeem van raciale segregatie dat witte
Belgische burgers en zwarte Afrikaanse onderdanen apart wilde houden. De
kinderen werden beschouwd als “bastaarden” in de dubbele betekenis van het
woord: in de zin van een buitenechtelijk of onwettig kind en in de zin van een
dier met ouders van verschillende “rassen”. Het stigma om geboren te worden
5
als ‘kinderen van de zonde’ uit ‘raciaal gemengde’ verbintenissen was des te
groter omdat deze kinderen, zoals alweer pater Cruyen het uitdrukte, het teken
van hun ouders’ zonde op hun lichaam droegen: hun fysieke uiterlijk fungeerde
als ware als de schandpaal waaraan ze geketend waren en waaraan ze hun hele
leven niet konden ontsnappen.
Het was in Centraal Afrika niet de norm en ook niet gebruikelijk dat een
moeder of haar familie een kind verstootte, ook al was het niet geboren binnen
een huwelijk. Zelfs als de moeders de toestemming gaven om hun kinderen
over te brengen naar België, dan beseften de meesten de reikwijdte van hun
handtekening niet, omdat in de maatschappij waarin zij leefden familiale
banden nooit werden doorgeknipt, ook niet na een jarenlange scheiding.

In het Oude Testament lezen we bij Jeremiah:
Dit zegt de Heer:
In Rama hoort men klagen, bitter treuren.
Rachel beweent haar zonen,
Zij wil niet worden getroost.
Haar kinderen zijn er niet meer.
Maar dit zegt de Heer:
Huil niet langer, droog je tranen.
Je zorg voor hen wordt nu beloond
-spreekt de Heer.
Ze keren terug uit het land van de vijand.
Je hebt een hoopvolle toekomst,
Je kinderen keren naar je eigen land terug
-spreekt de Heer .
Maar vele kinderen zijn nooit teruggekeerd. Vele Rachels zijn gestorven zonder
hun kinderen ooit terug te zien en ontroostbaar gebleven.

6
De kinderen die naar België werden overgebracht verloren in een klap niet
alleen alle contact met hun moeders en met haar familie, bovendien werden
broers en zussen werden vaak uit elkaar getrokken. Ze kwamen terecht in een
maatschappij die hen altijd als voorbeeld werd voorgehouden, maar die hen,
net zoals de koloniale maatschappij, eerder beschouwde als “zwart” dan “wit”.
Bitter is het wees te zijn
en toch vader en moeder te hebben. Bitter te leven
Van de naastenliefde en de minachting van je naasten (Ovejero 2005: 18)
schrijft de Spaanse dichter José Ovejero over John Rowlands, beter bekend als
Henry Morton Stanley, de man die voor Leopold II Congo in kaart bracht en die
zwaar gebukt ging onder zijn ongelukkige jeugd als arm, “onwettig” en ongewenst
kind. Het is ironisch dat deze wees met levende ouders er indirect de
oorzaak van was dat er later in Belgisch Afrika kinderen zouden opgroeien als
wezen met levende ouders die hun lot als even bitter aanvoelden.
De kinderen groeiden op met verknipte ideeën. Terwijl de Katholieke Kerk de
moeder/kindrelatie idealiseerde en hen het beeld voorspiegelde van Moeder
Maria als de ideale moeder, onttrokken missionarissen hen aan de zorg van
hun eigen moeders, terwijl ze de vaders die vaak zich niet om de kinderen bekommerden
in bescherming namen. Sommige kinderen internaliseerden de
idee dat ze moeten neerkijken op hun liefdevolle moeders en de cultuur van
hun afwezige vaders moesten hoogachten, al botste dat als ze zelf ouder werden
met hun eigen ervaringen: hoe kan me een kind afnemen van een zorgzame
moeder; hoe kan een vader zijn eigen kinderen aan hun lot overlaten, of
sommige broers of zussen erkennen en andere niet?
Velen zijn opgegroeid met de foutieve idee dat hun moeder, zoals hun vader,
niet om hen gaf en vrijwillig alle banden met hen had verbroken. Velen wisten
niet dat hun moeders al die tijd vruchteloos naar hen hebben gezocht of dat
7
hun pleegouders of de verantwoordelijken in de instelling waar ze verbleven
doelbewust brieven van hun moeders achterlieten. Sommigen zijn er nooit in
geslaagd zijn ook maar enig spoor terug te vinden van hun moeder, hun broers
en zussen. Sommigen hebben alle instanties, alle archieven afgelopen en
blijven telkens opnieuw op een gesloten deur stoten. Sommigen durven een
deur die op een kier staat niet openduwen, uit angst om opnieuw teleurgesteld
te worden. Sommigen leven met een groot gemis zonder dat ze zich hun
moeder zelfs maar herinneren. Anderen bewaren liefdevolle herinneringen aan
hun eerste levensjaren met hun moeder, maar wanneer ze erin slagen haar na
jaren terug te vinden, staan ze voor een vreemde, met wie zelfs niet kunnen
communiceren omdat ze dezelfde taal niet meer spreken. In sommige gevallen
blijkt de moeder overleden, in het allerergste geval, vermoord tijdens de
genocide van 1994.
De leeuwen, dat zijn ook de kinderen van de kinderen, die vaak onbewust het
trauma van hun vader of moeder erfden. Omdat ze zich met hen identificeren
en het leed van een ouder dus ook hun leed is, ook al vertellen hun moeder of
vader hen weinig of helemaal niets. Sommige kleinkinderen gaan met een nog
grotere verbetenheid op zoek naar hun grootmoeder of –vader en hun familie
dan hun vader of moeder.
Ze zijn in België geboren en getogen, ze hebben nooit elders gewoond, hun taal
is het Nederlands of het Frans, hun culturele referentiekader is Belgisch. Maar
voor vele ‘witte’ Belgen blijft hun huidskleur een schandpaal waaraan ze niet
kunnen ontsnappen. De maatschappij gunt hen geen kans om zich
eenvoudigweg te identificeren als Belg, Vlaming, Waal, Brusselaar, inwoner van
een provincie, een streek, een stad, een dorp, een parochie, een wijk, zoals
andere Belgen. Ze worden verplicht om zich een aparte identiteit aan te meten
die hen terugwerpt op die ene grootouder op vier die Afrikaans was en die ze in
8
de meeste gevallen zelfs nooit hebben ontmoet. En in een maatschappij die
wat Afrikaans is op zijn best beschouwt als exotisch, moeten ze dan ook nog
proberen die identiteit een positieve invulling te geven.
Wat betekent de overgang van een kolonie of mandaatgebied naar een
democratische maatschappij als je wordt weggerukt van je moeder, je familie,
je land, als je je naam, je identiteit, je Belgische nationaliteit verliest, met alle
gevolgen van dien? Wat betekent de overgang van een koloniaal bestel naar
een democratische maatschappijvorm als je je leven niet vrij kan inrichten
omdat anderen je lot voor je uitstippelen? Wat betekent de overgang van een
koloniaal bestel naar een democratische maatschappijvorm als blijkt dat je ook
zonder raciale segregatie niet erkend wordt als Belg, zelfs al heb je de Belgische
nationaliteit, omdat de meeste witte Belgen zich geen Belgen met een andere
kleur kunnen voorstellen? Wat betekent de overgang van een koloniaal bestel
naar een democratische maatschappijvorm als publieke debatten over het
koloniale verleden taboe blijven en niet alle koloniale archieven toegankelijk
zijn?
Meer nog dan terechte excuses aan de moeders, hun kinderen en
kleinkinderen en hun familie langs moederskant, wil ik daarom pleiten voor een
publiek debat over het verleden dat België, Burundi, Congo en Rwanda
verbindt, voor systematisch en structureel onderzoek over dat verleden en
over de continuïteiten tussen de koloniale en postkoloniale maatschappij wat
betreft racisme tegenover mensen van Afrikaanse afkomst in België.

Charles Géradin 20/10/2016

Madame la Présidente du Parlement francophone bruxellois, Madame la Députée,

Mesdames et Messieurs, Sénatrices, Sénateurs, chefs de groupe, Parlementaires et Députés, Mesdames et Messieurs,

 C’est un honneur que vous nous faites en nous invitant à nous exprimer au sein de ce lieu qui est le vôtre. J'y vois un double symbole. Le premier, c'est la vitalité de vos "Jeudis de l'Hémicycle". Le second c’est la singularité du lien qui vous unit et vous rapproche avec tous les citoyens dans divers domaines de notre société.Soyez-en chaleureusement remerciée Madame la Présidente, Madame la Députée. 

J’en ajouterais un troisième;J’ai ouie dire, Madame la Présidente, que vous aimiez les arts, la musique, particulièrement le chant, c’est là aussi un symbole, gage de sensibilité, de générosité  et d’humanisme dont nous comptons bien profiter. 

-Mais, que dire de ceux qui veulent s’exprimer et qui n’en ont pas la possibilité.

-Que dire de ceux qui ne souhaitent pas s’exprimer, murés dans leurs silences ils portent sans doute en eux une blessure irréversible, causée par l’humiliation ? un sentiment de culpabilité ? un ressentiment envers ceux qui les ont privés de leur père et surtout de leur mère ?

Ce 20 octobre 2016, ce « Jeudi de l’Hémicycle » nous est consacré. Après plus d’un demi siècle, nous nous exprimerons de notre mieux, certes, parfois avec émotion mais avec d’autant plus de lucidité et de sérénité.  Cette histoire, notre histoire, a aussi sa part d’ombre. Comme toute Nation, la Belgique se grandira lorsqu’elle regardera lucidement son passé colonial. Un devoir de mémoire, voila qui est dit, c’est là la seule manière d’être à la hauteur de ce passé qui nous accable toutes et tous. La seule. Il n’en n’existe pas d’autre.  Mr. Le Député fédéral Benoit Hellings nous a honoré de sa présence au cours d’une de nos réunions, il est représenté ici par son assistante Mme Béatrice Janssens, (merci Mme) le fait que nous nous soyons rencontrés autour de ce sujet démontre bien que la Belgique doit avoir les outils historiques pour assumer son devoir de mémoire. 

En préambule à mon témoignage, Je voudrais si vous le permettez, poursuivre les propos tenu par ce même Robert Ketels lors de ce congrès de 1935 à Bruxelles, présidé par Mr. Paul Crokaert, Sénateur et ancien Ministre des colonies belges dont Assumani Budagwa vient de vous lire quelques extraits, en voici un autre ; Cependant, si tous ne partageaient pas son opinion, les choses n’ont pas changé pour autant. 

…..JE CITE…..

Voici en conclusion, d’autres principes d’actions :

1-la race doit être mentionnée dans l’état civil : les metis ne sont-ils pas introduits en Belgique simplement sous le nom de leur père, sans qu’on ne tienne compte de leur race, ni qu’on l’annonce à leur état civil ? 

2-Pour mieux fixer la réalité, le metis ne doit pas porter un nom européen. 

3-Les responsabilités concernant les introductions de metis en Belgique doivent être déterminées, dénombrées avec précision, avec quelque indulgence pour le passé, avec grande sévérité pour l’avenir.

……FIN DE CITATION…….

Ce préambule vous permettra de mieux comprendre l’attitude et le comportement des autorités belges par rapport au sort réservé à ces enfants nés de relation non tolérées par l’Etat colonial.  Heureusement, comme tous les enfants dans leur insouciance infantile, nos conditions de vie, et c’est bien là le malheur, ne nous faisait pas désespérer de la nature humaine, pas encore….. 

Il faut savoir que le parcours de chacun de ces enfants sacrifiés est différent avec pour point commun de les avoirs retirés de leur mère de force et parfois sous la menace. 

-Les actes de filiation de ces enfants, qui ont été établis malgré des actes de naissances officiels, authentiques de certains pères qui ont pourtant bien reconnu leurs enfants ont eu pour effet la mise sous tutelle massive de ces enfants, sans aucun jugement, sans une nationalité jusqu’à leur 18 ans pour certains d’entre eux, en totale contradiction avec la déclaration universelle des droits de l’homme qui stipule en son article 15 : 

« Tout individu a droit à une nationalité…nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité ». 

Comme disait Jean Gouyé, acteur et humoriste français, les hommes naissent libre et égaux en droit…après ils se démerdent (s’excuser). Pour beaucoup d’entre-nous ce fut le cas et encore le cas aujourd’hui. Je complèterais cette phrase en disant que les femmes aussi naissent libres et égales en droit, tout de même! ce sont quand même bien elles qui nous mettent au monde non ?. 

Je tiens, à votre disposition Madame la Présidente, Madame la Députée,

-une copie conforme à l’original de mon acte de filiation, établi le 2 septembre 1959 au Rwanda et signé par 3 commis désignés pour l’occasion par l’Officier d’Etat civil belge Mr. Rulmont, aucun de ces commis n’ont jamais rencontré, ni connu ou parlés avec mon père, celui-ci n’ayant d’ailleurs jamais séjourné dans cette région. Cet acte de filiation rendit néanmoins caduque mon acte de naissance.  

Pour être tout à fait clair, je me suis vu retirer ma nationalité belge. Arrivé en Belgique Je ne suis devenu belge que plus tard. Quant à mon meilleur ami Donatien Ceulemans lui il devint Congolais ici même en Belgique, tout de même, Meulemans, Beulemans et Ceulemans ne riment pas vraiment avec Congolais, vous en conviendrez. A la maison communale de Namur, l’Officier d’Etat civil omis de le mettre en garde des dispositions prises par la Belgique envers les ressortissants Congolais, des mesures de rétorsions sans précédent du fait de l’indépendance du Congo. 

-J’ai également à votre disposition une copie certifiée conforme à l’original de mon acte de naissance, établi le 24 juillet 1945 un mois après la reconnaissance de mon père. 

Je vous lis aussi un extrait des règles d’attribution de la nationalité belge avant 18 ans près les Affaires Etrangères: 

Né d’un parent belge

 1- Vous êtes né avant le 01.01.1967, vous êtes belge né(e) enfant légitime (dans le mariage) d’un père belge. Dans ce cas, vousêtes belge

 2- Vous êtes né(e) hors mariage et le parent (père ou mère) qui vous a reconnu(e) le premier était belge. Dans ce cas vous êtes belge depuis cette reconnaissance.

 Il faut se rendre compte de cette humiliation qui consiste à vous priver et à retarder l’octroi de la nationalité pour le seul motif d’être né de parents étrangers qui plus est, entre noirs et blancs belges.

Avec une telle disposition, cela engendre un trouble identitaire qui ne disparaitra peut être jamais.

 L’Etat colonial est sorti à maintes reprises de son cadre légal.

 J’ai eu la chance d’avoir été accueilli par une famille extraordinaire qui m’inculqua des notions de valeur, du respect d’autrui de la fierté d’être belge et me préservant de ce trouble identitaire.

Certains de leurs petits enfants sont d’ailleurs ici présents et me témoignent toujours de leur affection.  Je m’appelle Charles François Géradin, je suis né le 27 juin 1945 au Congo à Popolo-Lisala, une ville ou localité située le long de la rive gauche du fleuve Congo. Actuellement c’est Lisala tout court, le mot Popolo nous indique peut être qu’il y avait à cette époque une importante colonie composée essentiellement d’italiens, en effet Popolo-lisala en italien veut dire peuple de Lisala.

Mon père

Mon père était belge, s’appelait Victor Géradin, agent sanitaire, fonctionnaire au service de l’Etat colonial.

Bravant les interdits, les préjugés envers tous et contre tout, ilm’a reconnu ainsi que trois autres enfants, deux demi-sœurs et un demi-frère. Cet acte lui valu son écartet son renvoie du fonctionnariat colonial belge. Il ne fut pas le seul. Mon père s’est comporté de manière exemplaire, son sens des responsabilités a été remarquable vu le contexte de l’époque. Natif de nos Ardennes, à Houffalize, têtu comme il se doit, homme courageux, digne et d’honneur.  

Héroïque, il participa entre 1940 et 1942 à la guerre de l’Afrique de l’Est, en Abyssinie (Ethiopie) contre les troupes de Mussolini qui s’était rallié à Hitler et fut gravement blessé selon ma tante en portant secours aux blessés, c’était son devoir.  Généreux, il a contribué à la construction d’une pyramide en 1938 érigée en l’honneur de tous ceux qui ont cherché la source du Nil dès les temps des anciens Egyptiens, la source la plus méridionale du Nil.  Mon père y était, il mit la main à la pâte,  il est cité dans la publication trimestrielle de l’Institut Colonial Belge, « Bulletin des séances » parue en 1950, imprimée au n° 25 Avenue Marnix à Bruxelles.  Je lui rends, ici, si vous me le permettez, un hommage solennel. Cela vaut bien toutes les médailles du monde. 

Ma mère

Ma mère était rwandaise. De ma mère je garde un souvenir d’une mère aimante, soucieuse de mon bien être et de mon éducation.

Après avoir quitté le Congo, dont je n’ai gardé aucun souvenir, nous nous sommes installés au Rwanda, plus exactement à Byumba, une ville située au nord-est du Rwanda non loin de la frontière ougandaise. 

C’est à Byumba que ma mère fut convoquée pour la première fois chez un Administrateur- territorial non sans quelques appréhensions, car lorsqu’on demandait aux autochtones, aux rwandais,  à quoi servait un Administrateur territorial, qui par ailleurs, toujours accoutré d’un uniforme militaire, et en courte culotte, ce qui le rendait quand-même un peu moins impressionnant, d’ailleurs j’en portais une aussi, la réponse était, … c’est quelqu’un qui met les gens en prison.  De cet entretien, l’Administrateur territorial décida de me retirer à ma mère pour la première fois sur décision de l’Etat colonial, ce ne sera pas la dernière fois.  Ma mère fut contraint de m’envoyer à Save, forcée de déménager, elle s’installa donc à Astrida (aujourd’hui devenu Butare) à quelques encablures de là, pour ne pas trop s’éloigner de son fils. Elle ne fut d’ailleurs pas la seule. 

Savé 

A Savé J’avais la chance de retourner auprès de ma mère pendant les vacances, mon père me rendait de temps à autre quelques visites, mon grand père, alors déjà fort âgé me rendit également visite.

En février de cette année Mme Soraya Ghali du Vif-l’Express a recueilli mon témoignage sur nos conditions de vie à Savé, je l’en remercie. Un exemplaire de ce témoignage vous a été remis. Je ne m’y attarderais donc pas plus qu’il ne le faut. A l’âge de 7 ou 8 ans les garçons quittaient Savé et étaient envoyés à Byimana au Rwanda ou à Nyangezi au Congo. Les sœurs, vertueuses s’inquiétait sans doutede notre taux de testostérone alors qu’un mur haut et aussi épais, tels qu’on les construisait au moyen âge nous séparait des filles.

 Byimana.

 Byimana était un institut tenu par les frères Maristes, nous y poursuivions nos études. A Byimana nous nous sommes épanouis vaille que vaille, par le sport, le football, la chasse le soir dans les marais dans la pénombre, nous attrapions des grue-couronnées, nous avions même construit un enclos avec quelques biches et chevreuils fruit de notre agilité, diable ! je me demande encore comment nous nous y prenions.  C’est à Byimana que 3 événements allait marquer mon destin futur ;

1- je fus pris discrètement en charge par un Père Jésuite nommé Charles Dury

2-ensuite, durant mes vacances, j’assistais à la 2em convocation de ma mère chez   l’Administrateur territorial. Cette fois ma mère allait sortir de ses gongs

3- et enfin mon admission au collège jésuite de Bujumbura en Urundi et mon départ pour la Belgique.

Le père jésuite Charles Dury, dont la sœur, devenue Députée qui fut une de vos collègues, me disait toujours, en ce monde il y a des gens biens, de bonnes personnes, il suffit de les rencontrer et de les connaître, il fut le premier que j’ai connu, il me trouva une famille d’accueil en Belgique, une famille merveilleuse et m’assura de toute son attention des années durant. 

Pour la seconde fois ma mère et moi sommes convoqué chez l’Administrateur territorial assisté d’un traducteur car ma mère ne parlait pas la langue Française, elle compris vite l’enjeu de cette convocation on allait lui retirer une seconde fois son fils et cette fois l’envoyer en Belgique, elle ne tarda pas à réagir, elle parlait beaucoup ma mère, c’était une artiste de la parole, sur ce point elle excellait.  A cette occasion elle s’illustra dans le lyrisme avec un penchant dramatique pour la circonstance.

J’observais l’Administrateur sidéré, incrédule écoutant les diatribes de ma mère et qui, désorienté, n’espérait plus rien de son brave traducteur qui pourtant était rwandais. Je soupçonnais aussi ma mère de vouloir négocier, mais négocier quoi ? elle savait que le combat était perdu d’avance.  Et enfin, mon admission au collège jésuite de Bujumbura, dernière ligne droite avant mon départ en Belgique.

Le collège du Saint-Esprit à Bujumbura, ultra moderne fut construit par un grand architecte belge, Roger Bastin début des années 50 conjointement par le Rwanda et le Burundi, on confia aux jésuites l’enseignement pour former la future élite de ces deux pays, je n’en aurais pas le temps mais j’y appris tellement de chose en si peu de temps, il faut dire que la discipline y était rude et pourtant nous n’avions que trois choses à faire, école, étude et sport……   j’ai donc demandé à ma mère de me laisser continuer mes études en Belgique, je lui promis de rester en contacte avec elle et de revenir un jour, elle fut soulagée signa les documents ad-hoc, de mon côté  j’ai tenu ma promesse. 

Je termine en rendant un hommage à la famille qui m’a accueilli en Belgique, lui je l’appellerai le père Case, elle la mère Case. Malgré leurs lourdes charges, 4 enfants aux études dont deux à l’université, ils m’accueillirent avec générosité, leurs enfants avec enthousiasme.  De la mère Case je garde un souvenir très précis, chaque vendredi, jour que je redoutais car il fallait se lever à 5h du matin pour aller au marché matinal, avant de rentrer à la maison elle faisait le tour du quartier pour distribuer des cageots de fruits et de légumes aux plus démunis et que je ne devais rien dire.  Le père Case, découvrit le pot au rose et lui dit tout simplement « est ce bien raisonnable » nous avons découvert, après son décès,  qu’il travaillait aussi depuis quelques années bénévolement comme secrétaire des habitations ouvrières de Bruxelles.  J’ai toujours pu compter sur leurs enfants, je garde de bons contactes avec leurs petits-enfants, L’un d’eux me présenta l’arrière de leur petit-enfant et lui dit « je te présente ton oncle d’adoption.

 Madame la Présidente…… etc…….Mesdames, Messieurs, Je vous remercie pour votre bienveillante écoute.

 Charles Géradin.

Bruxelles, le 20 octobre 2016.    

 

François Milliex 20/10/2016

 

Madame la Présidente,

Mesdames et Messieurs les Députés, Mesdames et Messieurs, chers Membres,

 

Merci Madame la Présidente, de nous recevoir dans cet hémicycle et nous permettre de débattre de la « Problématique des Metis » issus de la colonisation belge au Congo et au Ruanda-Urundi. Merci de nous donner la possibilité d’éclairer une tranche opaque mais réelle de l’histoire de notre temps.

Comme les Metis de ma génération nés dans les territoires d’Afrique sous administration belge, je suis donc un des derniers représentants belges ayant connu ce que vécurent la plupart des enfants metis nés de l’union mixte Blancs-Noirs, victimes de la ségrégation raciale en vigueur dans ses territoires.

Aujourd’hui, pour un jeune citoyen belge, même un quinquagénaire, l’histoire des metis ne lui évoque absolument rien. Elle ne figure dans aucun manuel. Il n’en a jamais entendu parler. Une quelconque responsabilité dans ce passé colonial ne le concerne pas.

Ce sont des raisons qui ont poussé les Metis à créer l’Association Metis de Belgique/Metis van België en 2015. Elle regroupe les metis issus de la colonisation belge, leurs descendants et ceux qui, 50 ans après vivent les même destins tragiques que leurs ainés des colonies.

Aujourd’hui, notre but est essentiellement la reconnaissance officielle de la souffrance causée par l’administration coloniale aux enfants metis, envers leurs parents, leur famille et leurs descendants. Et à fortiori, définir la responsabilité de l’État colonial et des Églises.

Nous avons pour mission de promouvoir et diffuser les recherches sur notre histoire. Nous voulons être consultés et informés sur toutes les décisions prises pour nous, qu’elles soient politiques, juridiques, légales, culturelles, médiatiques etc.

Enfin, l’Association recherche tout aide pour les principales injustices du régime colonial, comme la recherche des parents, des frères et sœurs, la vérité sur nos documents d’identités.

C’est pourquoi ce Jeudi de l’Hémicycle est une étape capitale, d’abord pour la dignité des metis issus de la colonisation belge et pour la Belgique un signal fort pour assumer ses responsabilités vis à vis d’un épisode confuse de son passé colonial. La mise à jour de ce passé va enfin permettre de rompre ce lourd secret de famille et empêcher que l’histoire ne se répète dans le futur. Permettre que la mémoire ne s’efface. Permettre de faire la lumière avant que les mères et les pères ne disparaissent pour toujours.

Pour nous éclairer, Monsieur Budagwa nous expliquera comment la question Metis est devenue une affaire d’État. Il sera suivi de Madame Heynssens qui pose la question cruciale de savoir si les Metis de Save ont été volés ou sauvés d’un destin inquiétant. À sa suite écoutez successivement 3 témoignages de metis qui pour vous, se feront les messagers de nos émotions, de nos élans, de nos attentes et de nos désarrois. Et ensuite, nos questions brûlantes relatives à la nationalité belge pour les metis nés durant la colonisation belge.

Viendra ensuite le débat sur ce que pourrait faire la Belgique de ce lourd passif colonial.

Et maintenant, il est temps de vous présenter la vidéo-documentaire que nous avons produit sur le destin des Metis qu’on appelait « Mulâtres ». Que sont devenus ces enfants du péché ? Leur maman ? Leur père présumé ?

Voici, Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les Députés, Mesdames et Messieurs, ce que vous allez décrypter ce matin.

François d'Adesky 20/10/2016

Madame la Présidente du Parlement francophone Bruxellois,
Monsieur le Président de l’Association des Metis de Belgique-Metis van België,
Mesdames et Messieurs les Membres du Parlement francophone Bruxellois, ainsi que des autres Parlements invités,
Mesdames et Messieurs,

C’est un honneur pour moi de faire aujourd’hui devant votre auguste Assemblée, un exposé qui examinera tout d’abord la question de la nationalité belge concernant les metis issus de la colonisation


1. La question de la nationalité belge
Si, en Métropole, la nationalité belge conférait la qualité pleine et entière de citoyen, il n’en était pas de même dans les territoires africains administrés par la Belgique à l'époque coloniale. En effet, le Conseil colonial belge par le truchement de la « Charte coloniale », qui était la Loi fondamentale, réservait au Congo et plus tard au Ruanda-Urundi la qualité de citoyen uniquement aux Belges originaires de la Métropole. En dehors des ressortissants étrangers principalement indo-pakistanais, grecs et portugais, les populations africaines colonisées par la Belgique ou sous son mandat étaient considérées nominalement comme des nationaux belges, mais juridiquement, n’étaient pas des sujets belges à part entière puisque non citoyens. En outre, le système colonial subdivisait les sujets belges d’Afrique en « civilisés ou évolués », qui étaient immatriculés quelles que soient leur ethnie et leur origine, et en « non-civilisés » dénommés « indigènes » et non-immatriculés.
Notons qu’une carte d’immatriculé fait référence à un matricule donc à un numéro, tandis que la carte d’identité prouve l’identité et donc la dignité. Par ailleurs, pour obtenir le statut « d’évolué », il fallait vivre à l’Européenne : c’est ainsi que fut mis en place, comme dans un monde orwellien, des inspecteurs qui visitaient l’intimité des postulants africains pour vérifier par exemple s’ils utilisaient un mouchoir pour se moucher, s’ils possédaient une radio et un réfrigérateur, s’ils mangeaient avec des couverts et s’ils parlaient le français, etc.
En 1948, le statut de sujet belge « évolué » fut « amélioré » entre guillemets par l’introduction d’une carte du mérite civique qui autorisait les « évolués » à circuler après 18H00 dans les quartiers réservés aux blancs et en 1952, le statut des « meilleurs » procuraient à l’élite d’entre eux au Congo (pour le Ruanda-Urundi ce fut en 1956) un document d’identité qui les assimilait à des citoyens belges et leur permettait par exemple d’envoyer leurs enfants à l’école européenne. On prodiguait dans les écoles européennes un enseignement de qualité sans communes mesures par rapport aux écoles pour indigènes.

Ces chiffres sont cependant à relativiser, car d’une part, sur une population de 14 millions de personnes au Congo en 1959, il n’y avait que 1.557 personnes détentrices d’une carte du mérite civique, parmi lesquelles 217 personnes seulement avaient obtenu la carte d’identité spéciale. D’autre part, ces Africains « meilleurs» restaient cependant des sujets auxquels la citoyenneté à part entière était toujours refusée.
Une des preuves était qu’un sujet belge d’Afrique ne pouvait pas se rendre en Belgique à cette époque. Même les marins congolais de la Compagnie Maritime Belge du Congo-Belge (CMCB) avaient interdiction de descendre à quai quand leur navire accostait à Anvers. Ils étaient confinés à bord tout le temps qu'ils étaient à l'ancre dans la métropole portuaire belge.
Cette interdiction entraîna cependant des désertions tant à Anvers, que dans les escales dans les ports français précédant l’arrivée à Anvers. Il était difficile d’empêcher des marins congolais de descendre à quai sur un territoire étranger. Les déserteurs se retrouvaient ensuite à Anvers où plusieurs avaient des petites amies, une des causes principales des désertions. Paradoxalement, ces marins étant en « droit » sujets belges en Belgique ; ils n’étaient pas expulsables et reçurent donc une carte d’identité de citoyen belge. Leur nombre fut si grand, qu’en 1951-1952 les Pères Rédemptoristes fondèrent l’Amicale des Marins Congolais d’Anvers (AMC).
Cette amicale se chargea de trouver du travail et un logement pour ces marins et s’occupa également de placer auprès de familles belges adoptantes les enfants metis nés de ces unions et que les compagnes anversoises n’osaient garder auprès d’elles. Ce placement se faisait parfois avec l’aide de l’Association Vreugdezaaiers/ « Semeurs de Joie » ou de l’Association pour la Protection et (ensuite) la Promotion des Mulâtres (APPM) (1).


2. La question des naissances


Mais où se situaient donc les metis dans ce système ségrégationnistes, cependant non sanctionné par des lois raciales. Si les metis étaient dans une position intermédiaire dans ce régime discriminatoire avec des institutions qui leur étaient réservées, c’est la naissance et le lieu de celle-ci qui déterminaient en fait leur statut.
La législation coloniale était focalisée sur les « indigènes » ; et lorsqu’elle eut sur les bras les metis illégitimes abandonnés par leurs pères belges et blancs à l’échéance de leur mission dans la colonie, elle fut contrainte de bricoler. Ainsi, lorsque le metis était déclaré par la seule mère africaine, il entrait automatiquement dans le statut de l'indigène immatriculé, selon une ordonnance du gouverneur général du 15 juillet 1915 ; c’était encore le cas lorsqu’il était abandonné ou orphelin et que les services administratifs l’avaient identifié et fait passer sous la tutelle de l’Etat ; dans le cas contraire, le metis tombait sous le coup des lois coutumières.
L’accès à la nationalité belge était donc réservé aux metis « légitimes », légitimés ou reconnus par un père ayant la citoyenneté belge pleine et entière, selon les règles du droit métropolitain belge.
Néanmoins, pour faciliter le « déplacement » vers la Belgique des enfants metis de l’orphelinat pour mulâtres (terme utilisé à l’époque) de Save au Rwanda que Sarah Heynssens vient de vous détailler, dont beaucoup ont été enlevés à leur mère, le Gouvernement belge délivra des « laissez-passer » provisoires aux enfants. Pour la plupart, qui n’avaient pas de statut juridique propre lié à l’absence d’un acte de naissance, on trouvait d'urgence des témoins pour établir un « Acte de Notoriété » qui suppléait à cette absence. Sur base de ces « laissez-passer » les Communes belges de résidence de ces enfants leur délivrèrent des cartes d’identité belge.
Toutefois, une circulaire ministérielle du 24 septembre 1960 et publiée au Moniteur belge le 6 octobre 1960 vint créer le trouble. En effet, par cette circulaire (1) le Ministre de la Justice M. André Lilar enjoint aux Bourgmestres de retirer la nationalité belge aux indigènes du Congo, vu que leur pays est désormais indépendant. En ce qui concerne les metis, c’est-à-dire d’après la circulaire ministérielle : « les enfants de mère indigène », ne pourront conserver la nationalité belge que s’ils sont légitimes ou légitimés par un Belge ou s'ils ont été reconnus par un Belge.
La majorité des enfants metis n’étant pas dans ce cas, on leur retira donc la nationalité belge. Ils reçurent des cartes d’identité jaune pour étranger avec parfois les nationalités « fantaisistes » de Ruandais et Urundais étant donné que ces deux pays n’étaient pas encore indépendants en 1960.
Ces cartes d’identité d’étranger créèrent des drames pour les metis issus de la colonisation. D’une part, elles n’autorisaient qu’une circulation dans les pays du Benelux et d’autre part, les metis qui quittèrent volontairement la Belgique pour rejoindre leur famille africaine se retrouvèrent soudainement « apatrides » sur le sol du continent-mère.
Heureusement des personnalités de bonnes volontés s’émurent de cette situation et intervinrent auprès du Gouvernement. C’est ainsi que fut votée la loi du 22 décembre 1961 relative à l'acquisition ou au recouvrement de la nationalité belge par les étrangers nés ou domiciliés sur le territoire de la République du Congo ou par les Congolais ayant eu en Belgique leur résidence habituelle. Cette loi ayant une valeur juridique supérieure à celle de la circulaireministérielle l’abrogea. En son article 2, §4, la loi permettait aux personnes qui possédaient la qualité de Belge de statut congolais – mais qui n’avaient pas acquis la nationalité belge en vertu des lois métropolitaines sur la nationalité – d’acquérir la qualité de belge par option pour une certaine période.
Elle a été abrogée ultérieurement par le Code de la nationalité belge du 28 juin 1984 qui, en son article 28, §1er, prévoyait une disposition transitoire permettant à ceux qui n’avaient pas introduit de déclaration en faveur de la nationalité belge d’en introduire une dans les deux ans suivant l’entrée en vigueur dudit Code à deux conditions (art. 28, §2, Code de la nationalité belge) :

- Avoir eu sa résidence principale en Belgique durant les deux années précédant l’entrée en vigueur de ce Code.
- L’avoir maintenue jusqu’à la date d’introduction de la déclaration en faveur de la nationalité belge.
Ces deux lois ne comportant que des dispositions transitoires applicables aux Congolais de statut belge, le droit commun trouve aujourd’hui à s’appliquer aux personnes qui n’ont pas opté en temps et en heure pour la nationalité belge.
L’information à cette époque étant presque confidentielle sur les possibilités de recouvrement de la nationalité belge, beaucoup de metis ne purent bénéficier des avantages de ces deux lois.
Par ailleurs, les metis issus de la colonisation belge et résidant en Belgique étaient en fait mis sous tutelle dans les familles adoptantes, les familles d’accueil et les institutions où ils étaient placés. Notons que pour un metis légitime, légitimé ou reconnu, en cas de décès ou d’incapacité de son père belge, c’est le Conseil de sa famille belge qui avait la tutelle, même si cette famille rejetait cet enfant. D’autre part, en 1971, le Gouvernement belge arrêta ses subventions à l’APPM au prétexte que, 10 ans après les indépendances, les metis étaient dorénavant des « citoyens comme les autres belges et n’avaient donc plus besoin de protection spéciale ». Les enfants metis dépendant de l’APPM furent à partir de cette date pris en charge par les CPAS de leur lieu de résidence.
Cela ne régla pas pour autant le statut juridique de ceux qui avaient perdu la nationalité belge. Des metis récupérèrent la nationalité belge par mariage avec des citoyens belges et d’autres par la procédure coûteuse de la « naturalisation ». Plusieurs d’entre-eux durent également résoudre lors de leur mariage le casse-tête de l’absence d’un acte de naissance.


3. La question du mariage coutumier
La question du mariage coutumier, je l’évoquerai sous forme de témoignage personnel. Lors d’une discussion en 2011 avec des chercheurs de la CEGESOMA, dans le cadre de l’étude du déplacement vers la Belgique des enfants metis, j’avais déclaré que les mariages mixtes entre européens et africains étaient de fait interdits durant la période coloniale et que mon père avait été alors obligé de contracter un « mariage coutumier » avec ma mère : cela lui avait fait perdre son emploi de cadre dans la compagnie minière qui l’employait avant de pouvoir rebondir dans d’autres activités. D’après les chercheurs, il n’existait aucune interdiction officielle dans les colonies et, pour preuve, de citer le mariage légal du Capitaine Joubert avec la fille d’un Chef traditionnel congolais.
Pour ma part, je découvris, lors de recherches en 2014, que le mandat de tutelle de la Belgique sur le Ruanda-Urundi, octroyé par la SDN et confirmé par l’ONU, ordonnait l’obligation, pour la Belgique, à reconnaître les actes administratifs des autorités traditionnelles. Cela me remémora une démarche que j’avais entreprise d’une reconnaissance de noblesse belge – pour ma famille paternelle d’origine française avec un patronyme polonisé par l’Histoire – auprès du Service de la Noblesse dépendant du Service Public Fédéral des Affaires Etrangères. Cette démarche n’avait pas abouti, car le Service Public Fédéral m’avait demandé de produire l’acte de mariage de mes parents, que l’Etat colonial avait refusé de leur procurer. Rappelons que, pour être « noble » en droit de la filiation nobiliaire, il faut être un enfant « légitime », issu du mariage légal d’un noble.
Pour résoudre ce problème kafkaïen, il était possible soit d’intenter un procès en droit nobiliaire belge pour discrimination sur base de l’article 1er de la loi du 25 février 2003 qui stipule : qu’il y a discrimination directe si une différence de traitement qui manque de justification objective et raisonnable est directement fondée sur le sexe, une prétendue race, la couleur, l’ascendance, l’origine nationale ou ethnique, l’orientation sexuelle, l’état civil, la naissance, etc., soit de chercher à légaliser le mariage coutumier de mes parents et permettre ainsi, à travers un cas particulier, une évolution significative de la législation en la matière. En effet, une légalisation d’un mariage coutumier « légitime » automatiquement les enfants nés de ce mariage.
Grâce à l’assistance d’un avocat metis belgo-rwandais issu de la colonisation belge et d’un avocat rwandais, j’ai obtenu en date du 17 février 2015 un Jugement supplétif qui vous est projeté sur l’écran (2) et qui légalise enfin le mariage coutumier de mes parents daté de 1945. Un des éléments décisifs dans cette procédure juridique fut le témoignage du généalogiste des clans royaux du Rwanda qui connaissait ce mariage coutumier et le nom de la vache qui en constituait la dot : Impirimba. Comme d’autres mères de metis au Rwanda, la mienne était connue parce qu’issue de l’aristocratie rwandaise, étant cousine du Mwami (Roi) Mutara III Rudahigwa et de son épouse la Reine Rosalie Gicanda. Cela a dû jouer en notre faveur durant la procédure juridique. Ce Jugement mit fin psychologiquement à une injustice et à beaucoup de souffrances familiales et pourra, je l’espère, faire jurisprudence.


4. Conclusion
Il faut reconnaître que, malgré les aléas de leurs histoires, la plupart des metis issus de la colonisation belge ont pu globalement se reconstruire sur le sol belge. Si certains parmi nous ont hélas échoué, beaucoup d’autres – suivant le degré de soutiens reçus de leurs familles, des familles adoptives ou d’accueil, ou des éducateurs des institutions où ils étaient placés – ont pu faire des études et réussir dans la vie. Malgré une interrogation lancinante sur leurs origines africaines, ils ont pu apporter leur contribution au rayonnement de la Belgique. Je pense en particulier à M. Georges Octors, Chef d’Orchestre et le plus grand violoniste belge des temps modernes ou encore à Mme Augusta Chiwy, Infirmière belge et héroïne de la bataille des Ardennes. Je n’oublie pas tous les autres metis qui ont apporté leur contribution comme citoyens à la vie et à l’honorabilité de notre pays.
Le combat des metis issus de la colonisation belge a ouvert la voie à l’intégration des minorités visibles dans notre pays et a également favorisé l’instauration d’une Société Ouverte (Open Society) en Belgique. Il est notoire que la nouvelle génération des metis de Belgique nés de couples mixtes post-colonisation peut épanouir plus facilement ses talents que nous le pûmes. Espérons que les jeunes personnalités belges metisses telles que Jean-Paul Van Haver, dit Stromae, Laura Beyne, Miss Belgique 2012 et actuellement Présentatrice-vedette chez RTL-TVI ou encore Nafissatou Thiam, la récente médaillée d’or des Jeux Olympique de Rio, découvrent un jour notre histoire et la route que nous avons tracée pour eux.
D’autre part, concernant la douzaine de milliers de metis issus de la colonisation belge au Congo et restée auprès de leurs familles africaines à l’indépendance de ce pays, nous constatons qu’elle s’est également bien débrouillée dans son ensemble. Cela malgré les vicissitudes que traversa ce pays et qui pénalisèrent la première génération de metis à qui on déniait parfois la nationalité congolaise et dont on doutait du patriotisme. Les générations suivantes s’intégrèrent mieux et font désormais partie de la classe moyenne ou de l’élite congolaise actuelle. Toutefois, reste en permanence la frustration d’avoir été abandonnés par leurs ancêtres « biologiques » belges et de ce qu’ils clament être une ingratitude de la Belgique à leur égard. C’est ainsi qu’a été créée à Kinshasa « l’Association des enfants laissés par les Belges au Congo ». Cette Association milite pour que la Belgique reconnaisse ses responsabilités à l’égard des metis congolais issus de la colonisation belge et de leurs descendants.
En ce qui concerne le Kivu, le Rwanda et le Burundi, les orateurs précédents nous ont expliqué comment la plupart des 700 metis issus de la colonisation dans cette région, dont les 300 enfants regroupés à l’orphelinat de Save furent déplacés en Belgique. Les rares qui restèrent furent malheureusement rattrapés par la problématique « Hutus-Tutsis ». Le cas du Rwanda étant le plus emblématique. En effet, les metis issus de la colonisation belge qui sont restés au Rwanda après l’indépendance et qui ne possédaient pas de nationalité étrangère, se virent attribuer la nationalité rwandaise conformément au Code de la nationalité rwandaise de 1963.
Ils reçurent comme tous les autres Rwandais nés de parents rwandais une carte d’identité à « mention ethnique ». Cette mention n’était prévue par aucune loi. Il s’agissait donc d’une simple pratique administrative, héritée de la colonisation allemande puis du mandat belge, par laquelle l’enfant était classé dans « l’ethnie » de son père, ou bien dans celle de sa mère, au cas où son père était étranger ou inconnu.
Comme la plupart de ces metis avaient des mères classifiées comme « tutsies », ils subirent les aléas liés au groupe classifié comme « tutsi » durant la période 1962 à 1994 et eurent des destins tragiques durant le génocide de 1994, particulièrement la petite communauté metisse établie depuis 1930 à Gisenyi.
Pour finir, je souhaite aussi rappeler que le destin dramatique vécu par les metis issus de la colonisation belge, le fut plus encore par leurs mères. Lors d’une visite en famille des bâtiments de l’ancien orphelinat de Save en 2005, je fus entouré par 5 femmes âgées, qui me racontèrent s’être établies sur place depuis 1962 en attendant le retour, avant de mourir en paix, des enfants metis que les « blancs » leur avaient volés. L’AMB espère donc – via des recherches dans les archives, l’aide des Ambassades belges dans les pays des Grands-Lacs et des Gouvernement locaux – identifier les familles africaines des metis belges souhaitant renouer avec leurs origines africaines.
Mesdames et Messieurs les Parlementaires, l’AMB compte vivement sur votre appui pour mettre fin à des drames humains et à des casse-têtes juridiques et réparer ensemble, dans la justice et la dignité, les injustices de notre histoire commune afin que cette histoire retrouve toute sa dignité.
Merci à toutes et à tous de votre attention.


(1) Projection sur l’écran de quelques chiffres-repères de l’époque coloniale.
(2) Projection de la circulaire ministérielle de 1960.
(3) Projection d’une copie du Jugement supplétif.

Sarah Heynssens 20/10/2016

 

Intro

De 2010 à 2012 j’ai travaillé pour le CEGESOMA afin d’entamer une recherche sur la question du déplacement des enfants metis de l’institution de Save vers la Belgique au moment de l’indépendance du Ruanda-Urundi. L’objectif général de cette recherche était de reconstruire les conditions dans lesquelles ce déplacement s’est produit: combien d’enfants étaient déplacés, pourquoi, par qui et quand ? Dans le cadre de cette recherche j’ai pu identifier et localiser les sources concernant les enfants de Save auprès des différents centres d’archives. Je compte donc aujourd’hui vous parler de ces archives : quien étaient les producteurs, où sont elles actuellement conservées et quelles en sont les modalités d’accès? Mais afin de contextualiser cette intervention, je souhaiterais commencer par une brève introduction dans l’histoire des enfants de Save…

Save

En 1926 la congrégation des Soeurs Blanches d’Afrique est désignée par l’Etat belge pour assurer la direction de l’institut de Save chargé de recueillir les enfants abandonnées du territoire sous mandat du Ruanda-Urundi. Pendant plusieurs décennies des centaines d’enfants africains et metis seront placés à Save. Les enfants metis n’étaient pas tous à proprement parler ‘abandonnés’, c’est-à-dire que dans les cas où le père Européen ne reconnaissait pas son enfant et ne subvenait pas à son éducation, l’Etat colonial considérait l’enfant comme abandonné et ce même si la maman Africaine s’occupait bien de l’enfant.  Dans de tels cas, les agents coloniaux étaient poussés à convaincre les mères de placer leurs enfant sous la tutelle de l’Etat et de confier l’enfant à une institution pour enfant metis dans laquelle ils recevraient une éducation “convenable”.

Certaines mères étaient satisfaites de cette solution : elles ne savaient pas que faire d’un enfant metis qui n’avait pas de place dans le lignage familial, d’autres étaient soulagées d’avoir une bouche en moins à nourrir. La plupart des mères par contre se sont senties obligées de laisser partir leur enfant dans un internat qui était souvent très loin, et duquel l’enfant n’avait pas le droit de retourner à la maison, même pendant les vacances scolaires. Ces mamans n’avaient malheureusement pas grand-chose à dire dans un monde colonial dominé par des hommes blancs.

Dans les années 1950, la direction de l’institution d’enfants metis de Save tombe dans les mains de Sœur Lutgardis qui se retrouve responsable pour une centaine d’enfants abandonnés de fait, c’est-à-dire : abandonnés par leur père Européen, isolés à Save, éloignés physiquement et souvent aussi émotionnellement de leurs mères et de leurs familles Africaines. Au moment où l’on commence à parler de l'Indépendance, Sœur Lutgardis craint pour le futur de ces enfants. En effet, l’existence de l’institution dépendait des subventions accordées par l’état, or sans ce soutien l’institution ne pourrait compter que sur ces propres moyens financiers, insuffisants pour entretenir autant d’enfants.

C’est pour cette raison et parce qu’elle craint que les enfants metis n’ont pas une place dans la société africain qu’à partir de 1956 Soeur Lutgardis entame des démarches auprès des autorités coloniales, des pères Européens et des autorités traditionnelles Rwandaises pour planifier l’évacuation des enfants vers la Belgique. En 1958, elle reçoit une aide inattendue: le Père Delooz, le représentant du Ruandafonds des classes moyennes flamandes (CMBV) qui, lors d’un détour pendant un voyage d’étude au Ruanda-Urundi, était passé par l’institution de Save, se fait le porte-voix de Soeur Lutgardis en Belgique et plaide dans la presse pour son initiative d’évacuation. Plus tard, le Père Delooz et le Ruandafonds seront rejoint par l’Association pour la protection des mulâtres (APPM) et l’œuvre d’adoption de Thérèse Wante, qui soutiendront eux aussi l’initiative de Soeur Lutgardis et ils procéderont alors à l’évacuation d’une dizaine d’enfants. Ce n’est qu’après ces premiers transferts que les autorités coloniales apporteront leur coopération au moyen d’une aide financière pour l'évacuation par avion des enfants. Avant-cela ils ne se préoccupent que de la délivrance des passeports de voyage et de la prise de contact avec les mamans pour que celles-ci donnent leur accord pour le transfert de leur enfant vers la Belgique (cf. document de Charles Geradin).

Une fois en Belgique, les associations charitables que nous avons citées prennent en charge l’accueil des enfants. Ils les placent dans des familles d'accueil ou dans des internats et institutions. Les contacts avec les mamans, bien qu’il ne soient pas strictement interdits, restent limités au minimum et on décourage les enfants à entretenir des liens avec leur famille africaine. Beaucoup d’enfants se croient effectivement abandonnés et les familles d'accueil sont bien souvent étonnées d’apprendre l’existence d’une maman biologique souhaitant des nouvelles d’un enfant que eux croyait abandonné. Du coup, beaucoup d’enfant metis, aujourd’hui des adultes, on perdu tout trace de leur famille biologique.

Pourtant, il est possible de retrouver des informations concernant sa famille dans les archives suivants.

sources

archives gouvernementales

Un premier source très importante concernant les enfants metis de Save se trouve dans les archives dites Africaines, notamment les archives du gouvernement colonial actuellement conservées aux archives du Ministère des Affaires Étrangères et en cours de transfert vers les archives générale du Royaume.  Comme Assumani Budagwa l’a déjà expliqué dans son intervention, l'État colonial menait une politique spécifique concernant les personnes metis et il est possible d’en retrouver la trace au sein de ses archives. Le fonds comporte deux séries qui nous intéressent particulièrement: d’une part, les dossiers généraux concernant cette politique relative aux metis; d’autre part, les dossiers individuels concernant les personnes metis. La consultation des ces archives est soumise à la loi sur les archives publiques et fixe le délai de consultation à 30 ans. Néanmoins cette consultation est limitée en pratique par l’application de la loi sur la protection de la vie privée du 8 décembre 1992 et par l’absence d’inventaires ou d’autres instruments de recherche.

En tant que chercheuse, j’ai pu consulter les quelques dossiers généraux déjà accessibles. ll existe par ailleurs encore une grande partie non-classée de ce fonds concernant la politique coloniale et ses implications pratiques à l’égard des personnesmetis. L’absence de classement et d’inventorisation, et le fait que certaines parties du fonds soient “classifiées” rendent impossible son utilisation par les chercheurs. Cela veut dire que nous avonsactuellement une image partielle de la situation dans les territoires coloniaux.

Les dossiers individuels sont accessibles pour les gens directement impliqués mais l'accès est restreint pour des chercheurs extérieurs pour raisons de protection de la vie privée. Pour les chercheurs le seul moyen de consulter ces archives est de demander une autorisation spéciale auprès de la Commission pour la Protection de la Vie Privée, comme ce fut le cas dans le cadre du projet “enfants de Save” initiée par le CEGESOMA.  Ils s’agit d’une série qui rassemble tous les dossiers des enfants metis nés dans le territoire sous mandat Ruanda-Urundi. Cette autorisation m’aura donc permis d’établir une liste de tous les metis recensés par l’Etat au Ruanda-Urundi. Cette liste, que j’ai communiqué aux archivistes des Archives africaines, peut faire office de point de départ pour des personnes à la recherche de leur histoire personnelle. Les dossiers individuels contiennent de l’information concernant les parents de l’enfant, indiquent si oui ou non le père présumé avait légalement reconnu son enfant, si l’enfant était abandonné ou s’il était élevé par les parents, etc.. Dans certains dossiers se retrouvent aussi des document de ‘recherche de paternité’ car l'État essayait de créer un lien légal entre les pères présumés et les enfants. Les enfants pour lesquels l’Etat ne réussissait pas à établir ce lien, ce qui forme la grande majorité des cas, étaient considérées comme ‘indigènes’. Ceux qui étaient reconnus par leur père Européen obtenaient le même statut que celui-ci.

Les dossiers sont, grâce aux listes de noms faites pendant le projet de recherche du CEGESOMA, accessibles pour les personnes nées au Ruanda-Urundi, et parfois dans la région Kivu. J’ai appris très récemment que des dossiers similaires existent concernant les enfants metis du Congo Belge. Malheureusement, ces dossiers sont dispersé parmi différents fonds régionauxou dossiers thématiques.  Actuellement, il n’existe pas de liste des noms, ni des inventaire qui rendent ces dossiers accessibles, ce qui implique que les metis nés au Congo n’ont pour le moment aucune possibilité d’avoir accès à leurs dossiers.

Archives ‘privées’

A côté des archives gouvernementales, il y a aussi des archives créées par les différentes organisations privées qui étaient impliquées dans l’évacuation et ensuite responsables pour le placement et le suivi des enfant une fois en Belgique. Les organisations le plus notables de ce point de vue sont L’Association Pour la Protection des Mulâtres, le Ruandafonds du Christelijke Middenstand en Burgervrouwen, les Semeurs de Joie du Père Delooz et l’Oeuvre d’adoption de Thérèse Wante.

Etant donné qu’il s’agit d’institutions privées et non publiques,  la décision de donner accès aux chercheurs à leurs archives leur appartient. Par contre, toutes ces organisations ont donné accès aux personnes directement concernées afin qu’ils puissent consulter leurs dossiers individuels.

Le Musée Royal d’Afrique Centrale (MRAC) conserve les archives de l’asbl APPM, une association dont la vocation était de procurer de l’aide aux metis qui venaient en Belgique. Il s’agissait d’une asbl formée par des anciens coloniaux, favorables à l’arrivée des personnes metis en Belgique. Cette organisation a constitué une dossier individuel pour chaque personne qui la contactait et souhaitait bénéficier d’aide financière, juridique ou d’autres formes de soutien. Les archives de l’APPM ne se limitent donc pas aux metis du Ruanda-Urundi ou de Save mais contiennent aussi des dossiers concernant les personnes metis du Congo et des autres pays d’Afrique. Pour les enfants de Save, il s’agit principalement de documents concernant la période après 1960. Ces dossiers sont accessibles aux personnes directement impliquées. Le contenu des dossiers individuels traite notamment du placement dans les familles d'accueil, des aides financières accordées, parfois des contacts avec la famille en Afrique, etc.

Le KADOC conserve les archives du Ruandafonds, une organisation né dans le giron du CMBV (Christelijke Middenstands en Burgervrouwen), aujourd’hui connue sous le nom de Markant. A l’origine le Ruandafonds a été créé pour subventionner des séjours d’éducation pour les jeunes Africaines en Belgique. Ce fonds comporte une série de dossiers individuels qui contiennent également des informations concernant le placement dans les familles d’accueil, les contacts entre le Ruandafonds et le APPM, etc. Ces dossiers sont accessibles aux personnes directement impliquées mais ne le sont pas pour les chercheurs pour des raisons de respect de la vie privée.

Après avoir quitté le Ruandafonds, le Père Delooz a fondé une asbl intitulé les Semeurs de Joie. Il s’agit d’une organisation d’adoption qui s’est surtout préoccupée des adoptions d’enfants venus d’Inde. Soeur Lutgardis, l’ancienne directrice de Save, a travaillé pour cette organisation après son retour d’Afrique. Pour cette raison, les archives des Semeurs de Joie contiennent les archives concernant l’institution de Save. Ces archives ont désormais été intégralement versées au service Adoption de Kind en Gezin ou elles sont consultables par les personnes directement impliquées. Ces archives se composent de dossiers individuels mais aussi d’un fonds produit par l’institution de Save, recelant des informations concernant les contacts de l’institution avec les autorités coloniales et avec les pères et les mères naturels des enfants, concernant les programmes de cours de l’institutions, concernant le déplacement vers la Belgique des enfants, et plus généralement concernant l’histoire et le fonctionnement de “l’institut pour enfants mulâtres de Save”.

La dernière organisation impliquée est l’Oeuvre d’Adoption de Thérèse Wante. Malheureusement cette organisation n’a pas conservé les dossiers concernant les enfants de Save. Cependant des personnes qui ont été placées par l’Oeuvre d’adoption peuvent contacter l’organisation pour obtenir des informations supplémentaires, lorsqu’elles existent.

Depuis l’année passée il existe une coöperation entre ces services d’archives et les services d’adoption de Kind en Gezin du côté Flamand et le service de la Direction de l’Adoption pour la Communauté Wallonie-Bruxelles. Chaque personne déplacée depuis Save ou le Ruanda-Urundi qui est à la recherche de ses archives personnelles peut donc contacter l’un de ces deux services selon son rôle linguistique pour y formuler une demande de consultation des archives qui la concerne.  Ensuite, le service prendra contact avec les différents services d’archives et rassemblera tous les dossiers, puis invitera la personne à consulter l’ensemble des dossiers à son nom. Du côté Flamand, ce service est accompagné par un service de soutien psychologique pour les gens qui le souhaitent. Ce service n’est actuellement pas encore disponible du côté francophone.

La pièce du puzzle qui manque encore concernant les enfants de Save, c’est celle des archives des Soeurs Blanches, qui sont conservées à Rome. Jusqu’à présent plusieurs chercheurs ont essayé d’y accéder sans succès et je passe la parole à Ginette Vagenheim pour parler des démarches qu’elles a entreprise en ce sens.